Commenter la tenue des chanteuses au lieu d’applaudir leur prestation vocale et de les apprécier pour leur art est presque devenu un rituel de passage. L’héritière de l’ère pop-rock Olivia Rodrigo n’a pas échappé à ce jugement public. Sa robe babydoll, couplée à des chaussures badass, a été disséquée dans les moindres coutures par une horde d’anonymes. Cette tenue, qui n’avait qu’une vocation de style, s’est presque transformée en affaire d’État.
La robe babydoll d’Olivia Rodrigo, un aimant à critiques
Le nom d’Olivia Rodrigo revient en boucle dans l’actualité. La chanteuse américaine, qui se distingue par son ADN musical éclectique et son approche très personnelle du style pop-rock, fait la Une non pas pour son talent indubitable, mais pour son dernier look de scène, pourtant inoffensif. Sa tenue, censée être une toile de fond, un élément secondaire dans sa performance, est devenue un sujet de discussion viral.
À l’occasion du Spotify billions Club, qui récompense les artistes ayant dépassé le milliard de streamings sur la plateforme éponyme, l’auteure de « Bad idea right » est restée fidèle à elle-même et a encore une fois exprimé son identité singulière à travers le tissu. Elle s’est présentée au micro dans une robe babydoll tapissée de petites fleurs et ornée de dentelle. Pour casser cette pièce sage couplée à un short bloomer, elle a enfilé une paire de bottes au caractère bien trempé et ajouté des chaussettes blanches apparentes en-dessous. Cet ensemble, à mi-chemin entre l’esprit champêtre rétro et l’esthétique rock des années 2000, a spontanément fait le tour du Net.
Sur la toile et dans une espèce d’immunité collective, les internautes s’improvisent régulièrement critiques mode et n’hésitent pas à délibérer autour des choix vestimentaires des stars comme s’ils avaient leur mot à dire. Jugée « trop courte », « indécente » voire carrément « infantilisante », cette robe à l’allure si innocente s’est transformée en un délit ultime, un outrage à la pudeur, un objet aux intentions sataniques. « Est-ce qu’Olivia Rodrigo peut s’habiller comme une pop star normale, et arrêter de vouloir ressembler à un bébé ? », suggère une internaute sur X (anciennement Twitter).
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Ce que les internautes reprochent à cette robe au « style innocent »
Les internautes ne se sont pas contentés de pointer un motif « vieillot » ou de relever un « fashion faux pas ». Ils sont allés plus loin dans leur diatribe 2.0, accusant l’artiste de « jouer les fillettes » et de « sexualiser » une tenue enfantine. Comme si la robe babydoll était une version géante des pièces cousues sur les peaux cassantes des poupées de porcelaine ou appartenait uniquement au vestiaire du bas âge. À en croire ces jugements hâtifs, la mode aurait donc un seuil de tolérance, une limite à ne pas franchir. Alors que les bikinis pour enfant, les maquillages kids-friendly et les mini shorts destinés aux fillettes se heurtent à l’indifférence générale, la robe babydoll d’Olivia Rodrigo déclenche une polémique irrationnelle.
Ce que les internautes comparent à un « accoutrement de gamine » a pourtant une histoire à raconter. Ce n’est ni de la provocation ni une crise de folie pour attirer l’attention. Cette pièce fait sens avec la direction artistique de son dernier disque « You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love » où Olivia Rodrigo mêle les codes de la riot grrrl et de la coquetterie vintage.
« Je veux que tout soit ludique et décontracté », avançait la chanteuse à propos de son dress code auprès de British Vogue. Manque de chance, les internautes ont pris ce look très au sérieux et balancé des critiques comme on jette des tomates pourries sur place publique. Or, ils ignorent certainement l’origine de cette robe, qui a traversé de nombreuses silhouettes dont celles de l’iconique Jane Birkin. Réponse militante aux coupes esthétiques conservatrices de l’époque, la robe babydoll a également été exploitée comme un emblème disruptif par les figures du rock, dont Courtney Love.
Une tenue qui n’a pas à s’excuser ni à se justifier
Au fond, le débat autour de cette robe dépasse largement une simple question de goût vestimentaire. Il raconte surtout cette étrange manie collective de scanner l’apparence des femmes publiques, comme si chaque centimètre de tissu méritait une expertise et portait nécessairement un message caché. Chez les artistes masculins, une tenue « audacieuse » est souvent saluée comme un parti pris esthétique. Chez une chanteuse, elle devient rapidement matière à suspicion, à moralisation ou à procès d’intention.
Olivia Rodrigo n’a pourtant rien fait d’autre que ce que font tous les grands artistes : raconter une histoire à travers une silhouette et porter ce qui la reflète. Sa robe babydoll était simplement un marqueur identitaire, une référence visuelle, pas une parodie perverse de l’enfance. Elle s’inscrivait simplement dans une continuité artistique, fidèle à cet univers qu’elle construit depuis ses débuts, entre romantisme cabossé, nostalgie Y2K et irrévérence rock.
Si dans l’imaginaire collectif, les stars du rock portent des blousons en cuir, des jeans déchirés et des t-shirts à message, ce n’est pas une règle divine. Olivia Rodrigo prouve que la douceur et la fureur peuvent cohabiter et c’est justement ce qui fait toute la force de son personnage. La mode devrait rester un espace de liberté, pas un moyen d’oppression ou un motif de sanction.
