Femme plus size et nourriture : l’influenceuse Megan Ixim déconstruit les clichés persistants

Nombreuses sont les femmes qui s’infligent des salades diététiques alors qu’elles rêvent secrètement de burger dégoulinant ou de pizza filandreuse. Nombreuses sont celles qui se contentent de portions de moineaux et qui s’excusent presque de manger gaiement. Au milieu des « clean girls » qui posent la main devant la bouche et qui se gavent de jus vert, une influenceuse aspire à plus de lâcher-prise dans ses menus. Megan Ixim (@msgigggles) fait tout ce que la société a toujours interdit aux femmes : manger avec bon cœur, sans compter les calories.

Prendre plaisir à manger, un acte au goût militant

Même à table, pour un besoin pourtant vital, les femmes s’autocensurent et se privent. Elles privilégient les plats « healthys » alors que leur cerveau leur murmure doucement « prends un burger ». Elles mangent des quantités réduites alors que leur ventre grogne de faim et milite pour de plus grosses assiettes. Pire, elles résistent à l’appel d’un brownie en vitrine parce qu’on leur a sans cesse répété que la gourmandise était un vilain défaut. Ce qui s’apparente à première vue à de la torture gustative est en réalité une réponse silencieuse aux diktats, un conditionnement aux injonctions.

Depuis leur tendre âge, les femmes ont toujours appris à se restreindre là où les hommes n’ont jamais eu à se poser de question. Alors que les hommes participaient simplement à leur croissance, les femmes se risquaient aux poignées d’amour et aux kilos « en trop ». Du moins, c’était les arguments tenus par notre famille lorsqu’on réclamait des portions supplémentaires ou que l’on mettait un peu trop de crème anglaise sur notre fondant au chocolat.

La créatrice de contenu Megan Ixim alias @msgigggles nous venge pour toutes ces fois où l’on a décliné un dessert en prétextant que l’on était rassasié et où l’on a prononcé la phrase « je ne peux pas, je fais attention à ma ligne ». Parce que les frites, ou encore les tacos ne devraient pas être des « cheatmeals » ou des « écarts », mais des repas ordinaires. Les injonctions à la minceur ? Elle les dévorent tout cru, au même titre que ses pâtes carbonara et ses glaces XXL. Elle milite la fourchette à la main et les joues remplies.

 

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Ne faire qu’une bouchée des diktats alimentaires

Les articles de presse et les publications virtuelles rappellent inlassablement aux femmes d’être prudentes avec leur alimentation et de trier tout ce qui entre de leur bouche. À l’approche de l’été, les médias nous prescrivent des cures detox, des recettes spécial « summer body » et des en-cas nutritionnellement respectables. Comme si le moindre bout de chocolat avalé allait nous faire gonfler comme Violette Beauregard dans « Charlie et la Chocolaterie ». Ces discours moralisateurs, cette épicurienne assumée y est totalement hermétique. En revanche, elle est très réceptive à un cupcake recouvert de ganache, une pizza quatre fromages et un généreux fraisier.

Alors que la culture de la minceur fait encore rage entre les pixels et se réaffirme sur les podiums, elle remet un peu d’authenticité dans nos feeds. Pour elle, le moule ne sert qu’à confectionner de bons gâteaux régressifs, pas à faire rentrer des gens. Megan Ixim (@msgigggles) a décidé de résister aux diktats plutôt qu’à la tentation d’un cookie fondant ou d’une barquette de poulet frit. À la vue de ces clichés de dégustation impudiques, ses détracteurs l’accusent de s’auto-détruire mais ils sont loin de se douter que les stéréotypes sont plus toxiques que des potatoes et des donuts façon tarte au citron meringuée.

 

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Se réapproprier son corps et son appétit

À travers ses contenus, Megan Ixim ne se contente pas de manger sans filtre, elle change la narration autour du corps et de l’alimentation. Car derrière chaque bouchée assumée, il y a un message plus profond : celui de reprendre le contrôle sur des choix trop longtemps dictés par la peur du regard des autres.

Manger devient alors un acte intime, presque politique. Il ne s’agit plus de répondre à des règles extérieures, mais d’écouter ses propres sensations : la faim, l’envie, la satiété. Là où certaines voient un excès, elle voit une liberté retrouvée. Là où d’autres parlent de « laisser-aller », elle revendique simplement le droit d’exister sans se restreindre.

Cette posture dérange parce qu’elle casse un mythe bien ancré : celui selon lequel les femmes, et en particulier les femmes plus size, devraient se faire discrètes, y compris dans leur manière de manger. En occupant l’espace, en savourant sans se cacher, elle bouscule ces attentes silencieuses et met en lumière une vérité souvent oubliée : personne ne devrait avoir à mériter son repas.

« Mange ta vie avant qu’elle ne te mange ». Ce mantra philosophique rescapé des pages Tumblr de notre adolescence prend tout son sens. Alors au lieu de peser chaque gramme de nourriture, calculez surtout le bonheur éprouvé dans votre repas. Et quoi de mieux qu’un selfie dans le vif d’un croc pour faire passer le message ?

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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