Comment appréhender la fête des Mères lorsqu’on a perdu son enfant ?

Pour certaines femmes, la fête des Mères ravive des souvenirs aigus. Cet événement annuel attise l’absence d’un.e enfant, emporté.e vers les cieux trop tôt. Fausse couche, maladie, accident… cette célébration ne fait qu’amplifier les traumatismes hérités de cette maternité injustement confisquée. Alors que les boîtes mail croulent sous les « offres spéciales » et que les vitrines suintent de nostalgie, les mères, destituées par le destin, sont sans cesse confrontées à leur peine. Si la fête des Mères est généralement synonyme de cadeaux maison, de colliers de nouilles et de poèmes illisibles, elle peut aussi être insoutenable. Voici quelques pistes pour surmonter la fête des Mères lorsqu’on a perdu son enfant.  

La fête des Mères, ou le réveil des traumas

La fête des Mères, qui se tiendra le 26 mai prochain, monopolise toute l’attention. Impossible d’y échapper, à moins de vivre dans une bourgade en zone blanche. Cet événement qui encense les mamans est devenu un pur produit commercial. Chaque panneau lumineux le brandit en lettre capitale dans la rue comme s’il s’agissait d’un impératif. Une promotion exubérante dont certaines femmes se passeraient bien. Spams insistants, publicités mélancoliques, mur Facebook parsemé de déclarations candides… tous ces rappels sont hautement inflammables. Ils font le combustible des traumatismes.

Pour les femmes qui ont perdu leur enfant, la fête des Mères attise une plaie, encore à vif malgré les années. Tandis que les autres mamans verront bouquets de pâquerettes, bracelets en papier mâché et colliers de pâtes affluer sur leur genou, ces mères, désormais orphelines, devront apprivoiser leur intarissable chagrin. La mémoire de cet.te enfant disparu.e vibrera dans chaque détail, du câlin posté sur les réseaux aux images conviviales du petit écran. Tous les témoignages d’amour résonneront comme un crève-cœur.

Grossesses infructueuses, maladies infantiles, circonstances tragiques… qu’importe la cause du décès, faire le deuil d’un.e enfant relève de l’impossible. Alors pour ces femmes, la fête des Mères n’est qu’un sombre écho à ce qu’elles n’ont plus. Elle raffermit un peu plus cette sensation de vide déjà massacrante et enfle cette impression d’injustice. Traverser la fête des Mères lorsqu’on a perdu son enfant, c’est se heurter à cette maternité volée. Dans une société qui force au bonheur et à l’allégresse de la parentalité, ces femmes devront encore chérir leurs étoiles en silence. Le 26 mai prochain, elles seront de nouveau mises dos à leur statut perdu et à leurs rêves déchus.

Comment aborder la fête des Mères après un deuil ?

Malgré les années, le processus de deuil semble éternel. Chaque enfant croisé.e sur le parvis de l’école ou dans le siège d’un caddie renvoie inlassablement à ce destin égaré. Ces scènes de vie soutirent la question « et si c’était mon enfant ? ». C’est plus fort que tout, cet avenir manqué revient toujours à la charge.

À la fête des Mères, la joie des autres mamans sonne comme une « provocation » ultime. La mélancolie, le chagrin et la jalousie s’emmêlent formant un cocktail émotionnel explosif. Le spectre de cet.te enfant, condamné.e par le sort, est encore plus lourd à porter que d’habitude. Cependant, si cette célébration fait caisse de résonance sur les traumas, elle peut aussi être libératrice. Voici quelques pistes pour aborder la fête des Mères lorsqu’on a perdu son enfant.

Accepter sa singularité

La fête des Mères est une véritable démonstration d’affections. Elle est d’ailleurs passée d’hommage sincère à fête « performative ». À cette occasion, difficile de ne pas se comparer aux autres mamans. Une certaine forme de rancœur émane de ces maternités, plus chanceuses. En parallèle, il y a toujours cette petite voix lancinante qui déclare : « et si c’était moi à sa place ? ».

Le fantôme de cet enfant devenu étoile renaît dans le moindre petit détail, que ce soit une sculpture en crépon ou un dessin aux traits tremblants. Bouquets, bisous du matin, petits déjeuners au lit… tous ces actes effectués par des petites mains potelées s’apparentent alors à du favoritisme. Cependant, la maternité est assez subjective. Même si la fête des Mères entretient l’idée qu’il n’en existe qu’un seul type, en réalité, elle peut être protéiforme. Pour se réapproprier la fête des Mères lorsqu’on a perdu son enfant, il convient de réfléchir à ce qu’est la maternité. Elle peut par exemple s’épanouir ailleurs que dans une naissance.

« Peut-être êtes-vous une présence encourageante et nourricière pour vos amis. Peut-être que vous vous occupez de plantes ou d’animaux d’une manière aimante et maternelle. Si nous supprimons le « maternage » d’un seul être humain faillible, nous pouvons trouver des preuves de maternage partout », explique le psychothérapeute Megan Devine à Bebitus

Trouver des moyens de commémoration

Vivre la fête des Mères lorsqu’on a perdu un.e enfant est généralement synonyme de fatalité. Plus vite cette célébration passe et mieux c’est. Pourtant, ce jour spécial peut devenir un rendez-vous pour se reconnecter avec la mémoire de son enfant. Si les premiers hommages se traduisent dans des actes « terre à terre », comme le fait de se rendre sur la tombe de l’enfant ou de conserver sa chambre intacte, avec le temps ils prennent une tournure plus spirituelle. Cultiver ce lien intérieur avec résilience facilite le processus de deuil.

Au lieu de considérer la fête des Mères comme une injure à cette maternité perdue, faites-en plutôt un prétexte de commémoration. Célébrez votre parcours en tant que mère, filtrez les souvenirs malheureux et préservez que le meilleur, trouvez des rituels honorifiques qui vous parlent. La commémoration peut aussi bien être « matérielle » que « muette ». Certaines personnes vont écrire des lettres secrètement tandis que d’autres vont préférer planter un arbre à l’effigie de leur petit ange. Ce qui compte c’est de laisser vivre l’esprit de l’enfant en soi.

Chercher du soutien

La douleur provoquée par la perte d’un.e enfant est indescriptible. Aucun mot du vocabulaire n’est assez fort pour illustrer cette peine assassine. La peur de se heurter à l’incompréhension des proches ou de se faire discréditer son chagrin forge une terrible barrière du langage. Mais pour passer le cap de la fête des Mères lorsqu’on a perdu un.e enfant, le dialogue peut devenir un bon placebo. Si vous craignez que votre entourage sous-estime votre souffrance, vous pouvez vous tourner vers des groupes de parole « dédiés ».

Certes, chaque expérience est unique, mais en entendant des histoires similaires à la vôtre, vous vous sentirez moins « isolée » et « invisible ». Ces échanges donnent une impression de légitimité. Ils ne se limitent pas à de l’empathie, ils induisent « je sais ce que tu as vécu ». En France, les associations Naître et Grandir Ensemble ainsi qu’Apprivoiser l’Absence organisent régulièrement des discussions autour du deuil de l’enfant. En adhérant à cette communauté, vous trouverez un soutien « réparateur » et intervertible.

S’isoler des réseaux sociaux

Pendant la fête des Mères, les réseaux sociaux débordent de tendresse enfantine et de photos de famille croquignolettes. La complicité mère-enfant vous éclabousse au visage à chaque scroll. Les murs Facebook sont tapissés d’anecdotes parentales et le feed Instagram est assailli de posts aux accents de déclaration. Chaque maman y va de son petit compte rendu.

Les réseaux sociaux se convertissent en vitrine de l’amour maternel. Créations faites de bric et de broc, bijoux en récup, « je t’aime » glissé dans le zozotement de la tétine… tous ces gestes de tendresse qui investissent le web semblent snober le désespoir des mamans dépossédées. Pour accueillir la fête des Mères lorsqu’on a perdu son enfant, mieux vaut s’éclipser des réseaux sociaux. D’abord parce qu’ils renvoient une vision biaisée de la réalité et ensuite, car ils risquent de cristalliser votre mélancolie.

Dans une société où la fête des Mères est presque une obligation absolue, celles qui ont perdu leur enfant sont déchirées entre une solitude hurlante et une nostalgie cruelle. Pour rappel, faire une entorse à la fête des Mères n’a rien de blâmable. C’est un choix personnel.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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