Le footballeur Jérémy Doku, qui défend les couleurs de l’équipe belge pendant la Coupe du Monde de la FIFA 2026™, l’a dit haut et fort : il veut assister à la naissance de son enfant, par ailleurs imminente. Il préfère porter son bébé dès le premier jour plutôt que de soulever un trophée. Une journaliste française n’a pas hésité à donner son avis sur cette décision. Son commentaire doublé de stéréotypes est devenu viral et a surtout relancé le match des idées autour de la place du père dans la famille.
Le choix de Jérémy Doku divise les avis
La Coupe du Monde de football 2026 est l’événement sportif de l’année. Derrière les crampons et les chasubles numérotées se cachent des joueurs, mais aussi parfois des futurs pères. Parce que oui, ils ont une vie en dehors des stades et du gazon. Certains ont déjà une grande famille tandis que d’autres s’apprêtent à accueillir leur premier enfant.
Si le défenseur de la Norvège Léo Ostigard a suivi la naissance de son fils par écran interposé, le joueur Jérémy Doku, lui, veut être physiquement présent pour cet heureux événement. Le joueur l’a fait savoir en toute franchise. « Si vous me demandez ce que je souhaite, ma réponse est que personne ne veut manquer la naissance de son premier enfant. Mais je sais aussi que le football implique bien d’autres considérations », avait-il déclaré aux micros des journalistes.
Pilier de l’équipe belge, l’ailier de 24 ans est vraisemblablement prêt à sauter dans le premier avion pour assister de ses propres yeux à la venue au monde de son fils, estimée à la deuxième semaine de juillet. « Je sais que la fédération soutient ses joueurs et comprend leurs situations. On verra ce qu’on peut faire », a-t-il précisé. Si en interne, sa volonté de père a été reçue dans la bienveillance, ce n’était pas le même refrain sur le plateau de « L’Équipe ». La journaliste France Pierron a manifesté son incompréhension à travers des propos chocs.
« Des centaines de footballeurs tueraient pour être à ta place. Et tu vas quitter tout ça pour aller assister à la naissance de ton enfant ? C’est un moment dégueulasse, où le papa ne sert à rien. Il a un rôle de figurant (…) Des mecs ont peut-être fait un prêt pour venir. Ils ont peut-être tout sacrifié et toi tu y vas pas pour couper un cordon ombilical », disait-elle à l’antenne.
Le cliché tenace du papa « figurant » pendant l’accouchement
Après ce « dérapage incontrôlé », la journaliste a été écartée du média. Toutefois, si les internautes lui ont spontanément adressé un carton rouge pour ses propos déplacés, d’autres lui ont donné raison, en avançant l’argument de l’impératif professionnel et en rappelant le rôle crucial du joueur sur le terrain.
« Il le sait avant… c’est un professionnel, alors il ne part pas », avance l’un des internautes, banalisant ainsi l’absence du père dans ce moment si précieux. À en croire une bonne partie des commentaires, le joueur peut laisser tomber sa femme mais pas son équipe. Une conception très archaïque de la parentalité, qui se joue souvent en individuel pour les mères.
Dans l’imaginaire collectif, les pères ne sont d’aucune utilité le jour de l’accouchement : ils font des malaises, enfilent leur chausson stérile sur leurs têtes à la place de la charlotte et transmettent leur stress à la maman. Ils font juste acte de présence et encore. Pourtant, entre les murs de la maternité, ils sont comme les supporters dans les gradins : ils soutiennent sans relâche et se montrent solidaires. Aucune étude ne s’est penchée sur le sujet jusqu’à aujourd’hui, témoignant d’une assourdissante indifférence autour de cette expérience au masculin.
Autre problème : les pères investis, sur-complimentés
Comme le rappelait une sage-femme dans une vidéo « témoignage », nombreux sont les pères qui préfèrent secouer le drapeau de leur pays devant un match plutôt que de tenir la main de leur femme, en proie aux dernières contractions. Or, si Jérémy Doku refuse d’être passif, choisissant de déroger à ses obligations sportives, ça ne fait pas non plus de lui « un héros moderne ». Les internautes les plus empathiques ne lésinent pas sur les éloges : « c’est courageux », « c’est incroyable », « voilà un père respectable » ou encore « la maman a de la chance ».
Orné de la « médaille d’honneur » sur la toile et presque hissé en « père de l’année », Jérémy Doku reçoit presque plus d’acclamations qu’un jour de finale. Ce qui est ordinaire pour une femme devient extraordinaire au masculin. Et l’explication est simple : la société a tellement normalisé l’absence du père que dès qu’il se porte volontaire pour assister à l’accouchement, ça fait de lui « un être exceptionnel ».
Certes, le joueur « prend des risques » et met « en péril sa carrière », mais les femmes le font, elles, à chaque fois qu’elles tombent enceintes. En 2021, la joueuse islandaise Sara Bjork Gunnarsdottir, qui évoluait dans l’équipe de l’OL, n’a par exemple pas perçu la totalité de son salaire pendant sa grossesse en 2021. Et là, en l’occurrence, il s’agit d’un simple aller-retour pour saluer son nouveau-né, pas d’un abandon de poste définitif.
Tacler les stéréotypes de la paternité, l’affaire de tous
Dans une société où les hommes ont un congé paternité expéditif qui dure à peine un mois, il est temps que les pères reprennent leur place, sans attendre la reconnaissance publique. Cette idée gagne du terrain sur les réseaux sociaux, incarnée notamment par des pères impliquées qui militent pour la répartition des rôles, l’égalité des genres et qui souhaitent rattraper tous les ratés du passé. À la journaliste qui a accusé le joueur de ne pas avoir le sens des priorités, le créateur de contenu @papaplume a répondu « ce n’est pas un manque de professionnalisme, c’est savoir ce qui est important dans la vie ».
Voir cette publication sur Instagram
Ce qui choque certains, ce n’est pas tant la décision elle-même que ce qu’elle révèle en creux : l’idée qu’un père puisse choisir la maternité plutôt que la performance reste encore, pour beaucoup, une exception qui mérite justification. Comme si l’implication paternelle relevait encore du bonus, et non de l’évidence.
À l’inverse, d’autres rappellent que le sport de haut niveau impose ses propres logiques, ses contraintes, ses sacrifices et ses hiérarchies d’urgence. Cette lecture purement compétitive oublie toutefois peut-être une chose simple : les carrières passent, les matchs s’enchaînent, tandis que certains instants, eux, ne se rejouent jamais.
