« Je m’appelle Edward-Jeanne, je suis un homme transgenre et le héros de ma propre vie »

Aujourd’hui se tient la Journée internationale de la visibilité transgenre. Elle a pour vocation de célébrer les personnes transgenres et de faire prendre conscience des discriminations et difficultés auxquelles iels sont confrontées quotidiennement, ou presque.

Parce qu’il est important pour notre rédaction de tendre la main à toutes ces personnes et de les assurer de notre soutien, nous avons décidé de mettre en lumière le parcours d’Edward-Jeanne, homme transgenre et coach « humaniste en transition de genre ». Sur les réseaux sociaux, il est plus connu sous le pseudo « d’Edw Great » et rassemble une communauté de plus de 100 000 personnes. Passé lui-même par le parcours de la transition, il a décidé de se servir de son histoire pour aider les autres : « je n’ai pas la parole universelle, mais si je peux éclairer le chemin, je serai là ». Rencontre.

Dysphorie de genre et parcours de transition

Lorsqu’on lui demande de définir la transidentité, Edward-Jeanne explique que c’est avant tout « une âme qui s’est trompée d’enveloppe dans cette réalité ». La transidentité désigne en effet, une personne dont l’identité de genre est incompatible avec le sexe qui lui a été assigné à la naissance :

« Les premiers signes de dysphorie de genre peuvent arriver très tôt. On sent que quelque chose n’est pas normal, qu’il y a un souci technique. À l’époque, j’ai même pensé que j’avais un problème psychologique. Les normes sociales sont trop binaires et nous écrasent. On pense que le problème vient de nous, alors qu’absolument pas »

Aujourd’hui âgé de 27 ans, Edward-Jeanne entame son parcours de transition à 23 ans, lorsqu’il se sent fin prêt. Il nous explique qu’il y a deux manières de procéder :

  • le parcours public : assisté par l’association Trans-Santé (anciennement SoFECT), la personne souhaitant entamer sa transition est prise en charge par un groupe pluridisciplinaire regroupant, entre autres, endocrinologue et chirurgien.ne. Tout est pris en charge et le parcours peut durer plus de 2 ans.
  • le parcours privé : celui choisi par Edward-Jeanne. « On devient son propre designer », nous raconte-t-il. Ici, on compose en effet sa propre équipe de professionnel.le.s, en commençant par le.a psychologue. Ce.tte dernier.ère délivre les attestations permettant d’entamer le processus de transition.

À l’époque, Edward-Jeanne est dans le flou le plus total. Aucune documentation n’est disponible sur internet. Il n’a qu’une certitude : celle de devoir commencer son parcours en consultant un.e psychologue. Une rencontre qui le marque à jamais :

« La première m’a dit que j’allais le regretter. Elle m’a fait me sentir encore plus isolé que je ne l’étais déjà. En revanche, la deuxième psy a été géniale. Je l’ai vue en septembre et au mois d’octobre, j’étais hormoné. Je me suis enfin senti compris et soutenu dans ma démarche »

Créer sa propre voie pour enfin se sentir à sa place

Quelques années plus tard, Edward-Jeanne s’empare des réseaux sociaux pour raconter son histoire et partager son expérience. De nombreuses personnes lui posent des questions, il prend le temps de répondre à chacun.e et organise des conférences publiques le mercredi soir (c’est toujours le cas aujourd’hui, ndlr) :

« Cela a déclenché quelque chose en moi. Pourquoi aller travailler à l’usine et faire un métier que je déteste alors que je peux créer ma propre voie et venir en aide à ceux.elles qui en ont besoin ? »

C’est à ce moment précis que naît Edwardgreat.fr, une infrastructure en ligne gérée exclusivement par Edward-Jeanne qui vient en aide aux personnes transgenres et/ou souhaitant entamer leur parcours de transition. Le Great Club s’articule autour de trois grands piliers :

  • Un groupe de soutien sur Télégram accessible 24h/24 et 7j/7 où Edward-Jeanne et tou.te.s les membres du groupe peuvent échanger librement, dans la bienveillance
  • Un coaching en développement personnel où Edward-Jeanne va laisser la transidentité de côté pour apprendre à la personne à avoir confiance en elle, l’aider à avancer et développer une bonne image de soi
  • Une ouverture vers les autres où la personne en transition sera amenée à en aider d’autres. Voire même à intervenir dans des structures publiques comme des lycées afin de sensibiliser et informer la jeune génération

Edward-Jeanne offre également un soutien et des conseils précieux pour tout ce qui concerne le côté médical de la transition. Il n’y a aucun engagement : chaque personne est libre de partir ou de revenir quand elle veut au Great Club.

Transphobie : un long combat à mener

5 ans après le début de son parcours de transition, Edward-Jeanne est plus épanoui que jamais et sait parfaitement qui il est. Ce qui n’est pas forcément le cas de toutes les personnes transgenres qu’il rencontre :

« La même question revient très souvent : « comment savoir qui on est réellement ? ». Les personnes avec qui j’échange sentent que quelque chose ne va pas en elles, mais ne savent pas forcément l’identifier clairement. Le fait que d’autres entament leur transition peut les influencer. J’insiste énormément pour qu’elles passent du temps avec elles-mêmes afin de se comprendre et savoir enfin ce qu’elles veulent vraiment. Peu importe le temps que cela prendra »

Une difficulté qui résonne en chacun.e de nous. Quel que soit notre âge, notre condition, notre genre ou notre orientation sexuelle, découvrir qui l’on est vraiment est le combat de toute une vie. Un processus souvent influencé par le monde qui nous entoure, les normes sociétales et les clichés qu’il véhicule :

« Notre société a trop tendance à vouloir tout expliquer en s’appuyant sur le paraître ou ce qui est prouvé scientifiquement. Une femme est une femme. Un homme est un homme. Mais réveillez-vous, la vie est avant tout contrôlée par ce que l’on ne voit pas ! Encore une fois, c’est une histoire d’âme… »

Ce rejet de la société se traduit par ce qu’on appelle la transphobie. Une aversion envers les personnes transgenres qui peut se traduire par des violences physiques, verbales et des comportements discriminatoires. Un formatage d’esprit qui veut nous faire croire que le monde est binaire et que tou.te.s ceux.elles qui pensent différemment n’y ont pas leur place.

Cela n’est pas sans conséquence. Les jeunes trans sont 2 à 3 fois plus que les jeunes cisgenres à avoir songé au suicide ou à avoir fait une tentative de suicide. Selon Edward-Jeanne, les choses évoluent petit à petit mais le combat à mener est encore long. Rappelons qu’en France, la transphobie est un délit puni par la loi. Les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre sont un délit passible de sanctions pénales.

« Votre soutien peut tout changer »

Lorsque les personnes trans entament leur parcours de transition, certaines ont la chance de pouvoir s’appuyer sur l’amour et le soutien indéfectible de leurs proches. Ce fût le cas d’Edward-Jeanne. Aujourd’hui, il accompagne à son tour ces parent.e.s en manque d’informations et démuni.e.s face au désir de leur enfant :

« Je leur dis toujours d’oublier le mot transition. Il.elle.s sont là uniquement pour accompagner et soutenir leur enfant. Les rôles vont s’inverser, car l’enfant en saura plus que ses parent.e.s sur ce qui l’attend. Écoutez votre enfant, demandez-lui comment il.elle se sent dans son corps. Soutenez-le.a et aimez-le.a inconditionnellement, car il est très difficile d’assumer sa transidentité au grand jour. Votre soutien peut tout changer »

Ajoutons à cela des professionnel.le.s de santé encore trop peu informé.e.s sur la transidentité, ses tenants et ses aboutissants :

« Que ce soit dans le milieu privé ou public, les médecins et psychologues manquent cruellement d’informations. Ces dernier.ère.s ne sont pas formé.e.s durant leurs études. Beaucoup viennent carrément me poser des questions et s’informer directement auprès de moi alors que je ne suis pas médecin. Rendez-vous compte : en 2010 la transidentité était encore considérée comme une maladie mentale ! Il n’y a pas de spécialiste à proprement parler de la transidentité. Mais il ne faut pas hésiter à pousser les portes : de nombreux.ses professionnel.le.s sont près à se remettre en question et à soutenir leur patient.e »

Ses plus grandes leçons, Edward-Jeanne les a appris dans ses plus grandes souffrances. Aujourd’hui, il est fier de la personne qu’il est devenu et mettra toute sa force, toute sa conviction et toute sa passion à guider ceux.elles qui cherchent encore la lumière au bout du chemin. Une magnifique leçon d’humanité, d’amour et de résilience. 

Si vous vous posez des questions sur la transidentité, nous vous conseillons ce guide extrêmement bien construit et ludique, co-rédigé par Transat (association trans à Marseille) et la DILRAH (délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti LGBT).

Amandine Cadilhon
Amandine Cadilhon
Journaliste mode, mes articles, mettent en lumière les diverses tendances et styles qui façonnent l'univers de la mode féminine. Mon objectif est de proposer un contenu diversifié et accessible à toutes et tous, en soulignant l'importance de l'expression personnelle et de l'empowerment à travers la mode.
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