Pommette relevée, regard à la fois absorbant et menaçant, visage pomponné mais inaccessible. Tout le monde veut mimer les filles slaves et s’approprier ces traits physiques qui leur sont attribués à la naissance. Après avoir adulé le teint de porcelaine des coréennes, les internautes se prennent de passion pour cette esthétique de l’Est, infranchissable et dominante. Ils imitent ce que les femmes slaves font sans effort.
La “Slavic Face”, le nouveau nom de code esthétique
En général, fantasmer sur une origine est fermement condamné mais dans le monde de la beauté, c’est une habitude, voire un effet de mode. Il y a quelques temps, le grand public se taillait des yeux en amande à revers d’eyeliner pour ressembler aux Idoles coréennes et s’initiait au Brownie Glazed lip sur les ordres de Hailey Bieber, reprenant les gestes beauté quasi “brevetés” des noires et sud-américaines.
Aujourd’hui, les beauty addicts posent leur vanity sur les terres de l’Est et calquent les coquetteries des filles slaves. Elles essayent de reproduire ce que les femmes à chapka et en grosse fourrure exécutent naturellement et sans exagération. Le fameux “regard fatal”, celui qui pénètre de l’intérieur et qui donne cette impression d’avoir des gâchettes à la place des yeux.
Sur les réseaux sociaux, la “slavic face”, pourtant aussi banale que la mine aigrie des parisiennes, est devenue virale. Tout le monde se prend à ce jeu de mime. Visage fermé, joues aspirées, regard intimidant façonné sans froncer, mâchoire serrée… Ce masque de marbre, semblable à celui des mannequins de la Fashion Week, s’impose comme une nouvelle norme de beauté collective.
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Vouloir ce que la génétique ne nous a pas donné
Joue rosie par les températures glaciales, lèvres teintées sans l’ombre d’un produit cosmétique, visage lifté par la génétique. Les filles qui sont nées en dehors des contrées slaves s’accaparent ces traits à renfort de poudre, de crème et de sérum. Elles envient l’aura magnétique des filles slaves et les principales concernées ne font pas exprès d’être aussi captivantes.
D’ailleurs, si elles arborent rarement le sourire, ce n’est pas par souci des rides ou pour coller à cette image dure de mafieuse du KGB mais par respect de la culture. Si dans certains pays, le sourire est une arme sociale voire un catalyseur de lien, dans les pays de l’Est, il n’a pas la même connotation chaleureuse. “Le rire sans raison est signe de bêtise” déclare un dicton russe. Les filles slaves ne répondent pas à un standard mais plutôt à une coutume. Or, celles qui s’essayent à la “Slavic Face” se soumettent à un diktat physique.
C’est un peu toujours la même bataille avec le reflet. Celles qui ont les cheveux bouclés rêvent de raideur et vice-versa. Celles qui ont les yeux bridés cherchent à les rendre plus “européens” et les européennes elles-mêmes s’étirent les paupières avec de l’eye-liner. Cette insatisfaction chronique semble être un symptôme typiquement féminin. Et les tendances comme la “Slavic Face” ne poussent pas à l’acceptation mais plus à la comparaison ou à l’auto-critique.
Un idéal mondialisé… mais très uniforme
Même si la tendance se revendique d’une origine géographique, elle s’inscrit surtout dans un idéal globalisé. Les filtres, les techniques de maquillage, la chirurgie esthétique et les injections ont peu à peu créé un visage “international” : pommettes hautes, lèvres charnues, nez fin, peau lisse.
La « Slavic Face » est donc moins une réalité culturelle qu’une projection esthétique. Elle montre à quel point les standards se ressemblent d’un pays à l’autre. Derrière la diversité apparente des tendances, on retrouve souvent les mêmes critères, simplement relookés avec un nouveau nom. La « Slavic Face » a été détournée de son sens premier pour devenir une énième injonction. Comme si on n’en avait pas assez.
Le blackface est considéré comme du racisme pur mais se parer de rouge à lèvre vermillon, de bottes à fourrure, de foulard façon matriochka et se grimer en fille slave en frôlant la caricature est tout à fait toléré. Or la « Slavic Face », aussi éloquente soit-elle, est un signe d’appartenance, pas une tendance. Rappelons-le : la beauté a mille visages et ne répond à aucun portrait robot.
