Il a perdu sa jambe des suites d’un cancer des os alors qu’il était encore adolescent. Alex, qui a pour deuxième prénom la résilience, a frôlé la mort plusieurs fois. Alors que les médecins lui donnaient seulement 40 % de chance de survie, il se tient debout, avec une jambe bionique qu’il se plaît à customiser, en pièces de « Transformers » ou en arbre à chat improvisé.
Une jambe de substitution qui profite à son chat
À un âge où l’insouciance est un état d’esprit à part entière et où on l’on sent généralement invincible, Alex a appris qu’il avait une tumeur au genou. À l’évocation de ce mot assourdissant qui présage de nombreux séjours à l’hôpital, ce grand nageur, qui a certainement été poisson dans une vie antérieure, était sous le choc, comme sonné par ce terrible diagnostic.
Ce jeune garçon, rempli d’espoir, devait alors abandonner ses loisirs pour s’adonner à un rituel qui semble à l’opposé de la puberté : la chimiothérapie. Des traitements injectés en vain puisqu’ils n’avaient aucun effet sur son cancer. Une dernière option se présentait à lui : l’amputation. Soit l’éradication des cellules cancéreuse à la racine.
Après une période de convalescence, Alex a dû se familiariser avec ce nouveau reflet, ce corps « incomplet » et surtout cette jambe d’emprunt, faite non pas de chaire, mais d’acier. Loin de l’aborder comme une fatalité, cette prothèse est devenue une extension de son imagination, le prolongement de sa folie créative. Ce prodige du bricolage, qui voit dans chaque pièce de récup un incroyable potentiel de transformation, concrétise ses idées les plus extravagantes sur cet objet voué à le faire tenir debout.
Il comble le vide laissé par cette opération vitale avec des conceptions dignes d’un costume de science-fiction. Parmi ses œuvres les plus cultes : une jambe au style « arbre à chat » réalisée dans la matière d’un grattoir. Ce mollet de bois semblable à celui des pirates est entouré de fil en raphia pour que son chat se défoule dessus plutôt que sur le canapé. Et ce n’est qu’un bref extrait de son génie.
Voir cette publication sur Instagram
Quand une prothèse devient une matière à créer
Alex n’aborde pas sa prothèse comme une jambe de remplacement, mais comme un accessoire de tous les possibles, un témoin palpable de son esprit en ébullition. Celui qui se considère comme un « homme hybride », mi-humain, mi-robot a surtout un cerveau à « turbo-réaction ». Dans son atelier, ce designer né se prépare des jambes sur-mesure tantôt architecturales, tantôt utilitaires.
Il a même une belle collection de mollets « améliorés » que les cyborgs s’arracheraient sans hésiter. Il remplace son membre fantôme par des prothèses inspirées de l’univers Marvel ou copiant l’esthétique des boules à facette. Sa dernière prouesse artistique en date ? Une prothèse pensée comme un bouquet garni. Il a créé le reposoir avec une machine 3D et ajouté des fleurs fraîches à l’intérieur à la manière d’un vase nomade. Parce qu’il ne cherche pas à imiter l’original, il aspire à mettre de l’originalité là où il y a encore trop souvent de la honte ou de la pitié.
Voir cette publication sur Instagram
Donner une vision du handicap plus positive
À travers chacune de ses créations, Alex ne cherche pas seulement à détourner les regards de sa différence : il les invite à changer de perspective. Là où certains voient une absence, lui voit un espace à remplir d’idées, de couleurs et d’histoires. Sa prothèse n’est plus le symbole d’une perte, mais la preuve tangible qu’un corps peut évoluer, se réinventer et même devenir un terrain de jeu pour l’imagination.
Son approche rappelle que le handicap ne se résume pas à ce qui manque, mais aussi à tout ce qui peut naître autrement. Une jambe bionique peut marcher, courir, soutenir un corps, mais entre les mains d’Alex, elle peut également faire sourire un chat, raconter une passion pour la science-fiction ou devenir une œuvre d’art ambulante. Il transforme un objet médical souvent associé à la douleur en une pièce unique qui attire la curiosité plutôt que la compassion.
Au fond, ses prothèses racontent une histoire bien plus grande qu’une simple reconstruction physique. Elles parlent de résilience, de liberté et de cette capacité profondément humaine à transformer les épreuves en nouvelles opportunités.
