Si les mamies sont souvent représentées dans le fond d’un canapé, cette grand-mère se plaît plus sur les sièges baquets des grosses cylindrées. Entre ses mains, point de pelote et de bobine, mais des volants en cuir que d’autres rêvent de caresser toute leur vie. Son pseudo « SuperCarMamie » trahit sa passion pour les voitures de sport, ces modèles collector qui donnent l’illusion de voler au-dessus du sol. Avec son look de cité, son jargon rajeunissant et ses bolides au moteur bruyant, elle met une longueur d’avance aux préjugés de l’âge.
Quand mamie troque le fauteuil pour le baquet
Dans l’imaginaire collectif, les séniors passent leurs vieux jours à jouer à la belote, à tricoter des pulls qui grattent pour leur descendance et à sillonner les routes en vélo électrique. Les seules distractions qui animent leur quotidien se résument à des plateaux de jeux de société, des émissions de télévision et des activités manuelles, qui n’ont aucun risque pour les articulations et le fémur. Les rares challenges qu’ils se lancent se limitent au chevalet du Scrabble, à la grille du bingo dominical ou au nombre de kilomètres parcourus à coup de pédale.
La dénommée @supercarmamie, elle, met un stop à ces idées reçues poussiéreuses. L’avancée dans l’âge ne l’a pas fait rétrograder, elle a accéléré son goût des sensations fortes. D’ailleurs, elle ne fait pas fumer son cerveau devant des mots croisés. Elle fait crisser les pneus de voitures qui en ont sous le capot. Si la plupart de ses conscrits sont aux commandes du poste de télévision, elle est aux manettes de voitures dont les décibels à l’accélération indiquent toute la puissance. Son activité favorite ne consiste pas à refaire le monde autour d’une tasse de thé à la verveine, mais à coller son pied au plancher et à décoiffer les arbres sur son passage.
Alors que les séniors sont souvent considérés comme des dangers publics sur la route, Marie-Christine de son vrai nom dompte les chevaux de ses bolides avec une aisance étonnante. Sur les lignes droites ou dans les virages en épingle, elle garde sa trajectoire et avale les kilomètres comme Hamilton sur circuit. Elle a plus une conduite de guépard que de tortue.
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Une passion qui ne connaît pas la retraite
Si les plus ignorants ne savent pas faire la différence entre une berline et un break, cette mamie « casse-cou » maîtrise le langage automobile mieux que les vendeurs eux-mêmes. Elle pilote ses carrosses dotés de turbo et de châssis monocoque comme d’autres le font avec un véhicule ordinaire : avec une facilité déconcertante. Parce que non les femmes de son âge n’ont pas de voiture « type », au tableau de bord simplifié et trop poussive pour doubler.
Tandis que de nombreux séniors se contentent de sortir la voiture du garage seulement pour aller à la déchetterie ou au marché du coin, Marie-Christine, elle, en a un usage presque récréatif. Ses voitures, qui relèvent de l’orfèvrerie mécanique, sont ses plus précieux jouets. Casquette griffée vissée sur sa chevelure argentée, sacoche en bandoulière à la place du panier en osier et jogging à trois bandes substitué aux jupes fleuries, elle prend place derrière le volant et défie les lois de la gravité, sans jamais enfreindre les normes de sécurité.
Tout est parti d’une vidéo, filmée au hasard, lors d’un moment de vie qui n’avait pas forcément vocation à finir sa course entre les pixels. Le petit-fils de Marie-Christine, Pierre-Antoine, venait de s’acheter une voiture de sport et sa grand-mère s’est montrée particulièrement réceptive. L’ancienne pharmacienne, qui a toujours carburé à l’adrénaline, n’a pas tardé à s’initier à cet art bruyant. Ce qui sonnait autrefois comme un amour interdit s’est transformé en une romance passionnée.
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Les clichés sur l’âge prennent un coup de vieux
Devenue une vraie star locale, Marie-Christine se plaît à jouer avec les codes de la rue et à sortir des sentiers battus de l’âge. En ensemble de survêtement rose Barbie, elle n’a pas la tenue attendue sur le corps des femmes de son âge. Alors que la société voudrait ranger les séniors dans des cardigans en maille et des jupes plissées, cette grand-mère est bien trop déjantée pour respecter ce look sage. Elle s’est bâtie un véritable personnage, en s’inspirant du dress code des quartiers populaires.
Et cette direction artistique se traduit bien au-delà du vêtement et du hobby. Dans chaque vidéo, la septuagénaire utilise des termes inspirés du lexique de la gen Z. Des mots qui s’apparentent généralement à du charabia incompréhensible pour les anciens. De quoi créer contraste avec ses verres progressifs, ses cheveux grisonnants et ses rides apparentes. Marie-Christine, elle, a peut-être 76 ans en âge civil, mais en âge mental, elle en a moitié moins.
Au fond, SuperCarMamie n’essaie pas de faire oublier son âge. Elle le porte comme un autocollant assumé sur la carrosserie, sans chercher à le repeindre ni à trafiquer le compteur. Ce qu’elle refuse surtout, c’est de laisser les années décider seules de la vitesse à laquelle elle doit vivre. Les seules règles qu’elle accepte d’appliquer sont celles du code de la route.
