Alors que certains jeunes de 20 ans se plaignent de douleurs aux dos et ont déjà les articulations rouillées, cette grand-mère de 77 ans se contorsionne sans difficulté. Elle ne se contente pas de faire quelques étirements de routine. Tête en bas, jambe tendue vers le ciel ou corps suspendu dans des positions qui semblent défier la pesanteur, cette Australienne transforme l’espace public en immense tapis de yoga. Derrière ces démonstrations de souplesse se cache surtout un message réconfortant : avancer en âge ne signifie pas nécessairement s’éteindre, renoncer ou se condamner à regarder la vie depuis un fauteuil.
Une senior qui prend l’âge à contrepied
Sur son compte Instagram @ageingdisgracefully_, Kaye Cleave ne se contente pas d’aligner les selfies ou de documenter ses journées comme beaucoup d’influenceuses. Elle s’accroche à des rambardes, prend appui sur des bancs, improvise des équilibres dans la rue et transforme le moindre élément de mobilier urbain en accessoire de gymnastique.
À la regarder faire, on oublierait presque le nombre inscrit sur son état civil. Pourtant, Kaye ne cherche justement pas à paraître plus jeune. Elle ne triche pas avec les années et ne fait pas de son physique une machine à remonter le temps. Elle préfère montrer tout ce que son corps sait encore faire.
Selon elle, prendre de l’âge ne signifie pas devenir automatiquement triste, ennuyé ou passive. Une philosophie qui tranche avec les représentations souvent anxiogènes de la vieillesse. Chez Kaye, les rides ne sonnent pas comme un signal de retrait. Elles accompagnent simplement une femme qui continue de bouger, de danser, de méditer et de tester ses propres limites.
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Fun fact : elle n’a pas toujours vécu comme une grande sportive
Le plus rassurant dans son parcours tient peut-être là : Kaye n’a pas passé toute son existence dans une salle de sport à entretenir religieusement son capital musculaire. Enfant, elle pratique la danse et la gymnastique acrobatique, mais une fois adulte cette routine sportive se dilue. Pendant plusieurs années, elle ne fait plus vraiment d’exercice et reconnaît elle-même ne pas avoir toujours eu une hygiène de vie irréprochable. Ce n’est qu’autour de la cinquantaine qu’elle revoit ses priorités et décide de renouer sérieusement avec le mouvement, notamment grâce au yoga et à la méditation.
Une information qui rend son message encore plus réjouissant. Kaye n’incarne pas cette idée culpabilisante selon laquelle il faudrait avoir « entretenu son corps » depuis l’adolescence pour espérer « bien vieillir ». Elle défend au contraire une philosophie beaucoup plus tendre : il n’est jamais trop tard pour recommencer à bouger et découvrir les fonctionnalités insoupçonnées de son propre corps.
Elle marche, nage, utilise régulièrement son vélo, danse une fois par semaine et pratique le yoga environ un jour sur deux. Pas de programme militaire ni de réveil réglé à 5 heures du matin pour réaliser cent squats avant le petit déjeuner. Sa principale règle tient en quelques mots : écouter son corps. Certains jours, celui-ci réclame du mouvement. D’autres, du repos.
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Vieillir sans déclarer la guerre à son corps
Alors que les campagnes anti-âge se multiplient sur la toile et entendent inverser le cours logique de la biologie, Kaye Cleave fait une entorse à cette injonction âgiste. Elle ne donne pas l’impression de courir désespérément après la jeunesse ou de mener un bras de fer contre le temps.
Son discours est davantage « pro-âge » qu’anti-âge. C’est même un crédo à part entière. Elle ne cherche pas à empêcher les années de passer, mais à continuer à vivre pleinement pendant qu’elles passent. Une nuance essentielle dans une société où la vieillesse, particulièrement féminine, est synonyme de fatalité et où l’âge inscrit sur les papiers d’identité est comme la date de péremption tamponnée sur les étiquettes des aliments.
Kaye, elle, ne demande pas à son corps de retrouver celui de ses 25 ans. Elle apprend plutôt à connaître celui qu’elle possède aujourd’hui. Cette attention aux sensations lui permet aussi de remettre la performance à sa juste place. Si ses postures impressionnent, elles ne doivent pas devenir une nouvelle norme à imposer aux autres seniors. Tout le monde ne peut ni ne doit se retrouver la tête en bas à plus de 70 ans. Vieillir en bonne santé peut prendre mille formes : marcher quelques minutes, entretenir sa mobilité, danser dans son salon ou simplement continuer à pratiquer une activité qui donne envie de se lever le matin.
Une autre manière d’envisager les années qui passent
Kaye Cleave ne détient évidemment pas la recette universelle de la longévité et son état physique ne peut pas devenir un modèle auquel chaque senior devrait se comparer. Les corps vieillissent différemment et l’état de santé dépend d’une multitude de facteurs qui dépassent largement la motivation individuelle.
Son portrait offre quelque chose de précieux : une représentation de la vieillesse qui ne ressemble ni à une punition ni à une salle d’attente. À travers ses postures improbables, elle rappelle que le corps peut continuer à surprendre, apprendre et procurer du plaisir longtemps après l’âge que les publicités qualifient pudiquement de « mature ». Kaye n’essaie finalement pas de prouver « qu’elle est encore jeune ». Elle montre qu’être âgée peut aussi être une manière très vivante d’être au monde.
Et lorsqu’elle se retrouve la tête en bas, jambes en l’air et sourire aux lèvres, Kaye renverse peut-être bien plus que son propre corps : elle retourne aussi, l’espace de quelques secondes, tous les clichés que nous entretenons sur la vieillesse.
