De la chanteuse Rosalía à Madonna, pourquoi l’esthétique de la nonne fascine les stars de la pop ?

Le temps d’une pochette ou d’un clip, les chanteuses enfilent l’étoffe de la bonne sœur et suivent religieusement cette esthétique catholique aux codes immaculés. Rosalia, Madonna, Lily Allen ou encore Lana Del Rey se sont glissées dans la peau de cette dévote, s’appropriant ce style sacré. Transformées en portrait catholique vivant, elles sortent la nonne de l’enceinte du monastère pour en faire une signature artistique. D’où vient cette fascination pour le vestiaire d’église ?

Quand les stars font les louanges de l’esthétique catholique

Dans son dernier album intitulé « Lux », la chanteuse Rosalia revêt un voile, qui laisse à peine transparaître son imposante chevelure ébène. Enveloppée dans une sorte de chrysalide blanche, elle donne l’impression de renaître. Après avoir arboré les cornes du diable et réinterprété tous les péchés des textes bibliques dans « Motomami », elle se mue en bonne samaritaine. C’est comme si la grâce l’avait miraculeusement touché. Pour rester cohérente avec cette direction artistique divine, en totale rupture avec son précédent EP, elle a également mis de la pureté dans ses textes et ses vocalises, faisant de la musique classique une référence.

Avant elle, de nombreux autres grands noms de la chanson l’ont précédée dans cet art rédempteur. Madonna a lancé ce mouvement esthétique de sainteté, en délogeant la nonne de son cloître. Lady Gaga a pris le même chemin de repentance et l’a imité dans son clip « Alejandro », en mêlant toge intégrale et chaussures futuristes à plateforme. Rihanna, elle, en donnait une toute autre version à la Une du magazine Interview, avec une croix tatouée sur la joue et un gloss suave, qui jurait avec le costume modeste de la nonne. Tandis que Lana Del Rey, fidèle à sa signature mélancolique et son parti-pris vintage, elle, maniait ces codes universels avec plus de prudence, en prenant l’allure d’une héroïne de toile religieuse.

La « bonne soeur » est presque devenue une vedette malgré elle, une gravure de mode, une figure d’inspiration. Si elle nous a assailli de frissons dans « la Nonne », elle plane aussi dans l’imaginaire de la pop. Pourtant, les stars n’ont pas été touchées subitement par le Saint Esprit. Cette curieuse passion pour les femmes qui consacrent leur vie à Dieu n’est pas le résultat d’une révélation divine. L’explication est beaucoup plus terre-à-terre.

 

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Ce que ce choix stylistique sacré révèle en toile de fond

La « nonne », exploitée à outrance dans les films d’épouvante, n’est pas seulement un costume que les fans de frousse portent le soir du 31. Elle s’invite régulièrement dans un univers qui est à l’opposé de la pudeur, de l’austérité et du silence. Détournée en élément créatif, la « bonne soeur » n’est pas uniquement l’illustration de la pureté. Si les stars poncent son esthétique, malgré le risque de blasphème, elles n’ont pas toutes les mêmes intentions.

La « bonne soeur » concentre à elle seule un chapelet de symboles et de valeurs. Finalement, elle évoque tout un champ lexical : obéissance, dévotion sans limites, chasteté, mais aussi humilité et charité. Elle est d’ailleurs la définition contraire des pop stars, qui vivent dans la lumière tandis qu’elle prie dans l’ombre des monastères. Elle n’ouvre la bouche que pour communier alors que les pop stars s’en servent pour dénoncer et crier ce que leur cœur retient. Plus évocateur encore : elle s’efface là où les artistes du moment cherchent à marquer les esprits. Certaines stars s’appuient sur cette image très visuelle et fédératrice pour mieux raconter leurs expériences personnelles et renforcer l’effet de contraste. Le but de la manœuvre ? Provoquer un choc esthétique fort.

La tenue religieuse fonctionne comme un langage visuel immédiatement lisible. Elle condense en un seul regard des notions contradictoires : innocence et transgression, retrait du monde et exposition totale. Ce qui en fait un outil idéal pour la pop. Rosalia, Madonna ou encore Sabrina Carpenter ne se contentent pas de plagier un dress code modeste. Elles sortent la « nonne » de son cadre par souci du spectacle. « Ce que les stars adorent faire, c’est de rendre le tout subversif », précise Clément Laré, journaliste spécialisé dans la mode et la pop culture auprès de Madame Figaro.

 

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Une interprétation différente d’une artiste à une autre

Chez certaines, l’esthétique de la nonne sert surtout de mise en tension narrative. Rosalía, par exemple, joue souvent sur des cycles de transformation : du sacré au profane, du péché à la rédemption, comme si chaque album était une étape de métamorphose. Le vêtement religieux devient alors un marqueur de passage, presque un costume rituel qui signale une « renaissance » artistique.

Chez d’autres, l’enjeu est davantage provocateur et historique. Madonna a très tôt compris la puissance des symboles catholiques dans la culture occidentale. En les détournant, elle ne cherche pas seulement à choquer, mais à questionner l’autorité morale, le contrôle des corps féminins et la place de la religion dans la culture pop. L’habit de nonne devient un outil critique, presque politique.

Dans une approche plus esthétique et mélancolique, Lana Del Rey utilise ces codes comme des fragments d’imagerie américaine et européenne : vitraux, voile, recueillement. Chez elle, la figure religieuse n’est pas forcément subversive, mais plutôt nostalgique, comme un décor mental qui renvoie à une idée idéalisée et déjà perdue de la pureté.

En résumé, la nonne fascine la pop parce qu’elle est une figure de contradiction parfaite : silencieuse, mais très expressive visuellement, effacée, mais immédiatement reconnaissable. Et dans un univers où tout doit se voir et se remarquer, ce contraste en fait une source d’inspiration inépuisable.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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