Elle était la risée de son école. Comme beaucoup d’enfants, Alexis Carey a fait l’expérience des regards en coin, des messes-basses, des comparaisons odieuses. Si dans la cour de récré, elle veillait à rester dans l’ombre, son métier lui accorde les pleines lumières. Aujourd’hui les marques de haute couture se disputent son visage. Mannequin albinos au physique « béni des dieux », elle a pris sa revanche en transformant ses complexes en gagne-pain.
Des lèvres moquées hier, admirées aujourd’hui
Pendant son jeune âge, Alexis Carey s’est construite sur fond de critiques et de commentaires qui marquent l’égo à tout jamais. Prise pour cible par les caïds de l’école, qui agissent toujours en meute, elle passait pour l’extraterrestre de service. Ces bourreaux en jeans troués n’avaient aucune pitié et lâchaient leur haine à chaque coin de casier. Alexis passait la grille de l’école avec la boule au ventre. De nombreuses fois elle aurait aimé se rendre invisible pour avoir un peu de répit. Cependant, elle n’avait jamais le privilège de la tranquillité. Et à force d’entendre ces injures à longueur de journée, elle a fini par les intérioriser.
Il n’en fallait pas plus pour la brouiller avec son reflet. Avec sa peau de porcelaine, son afro doré et sa bouche pulpeuse, que d’autres se façonnent sur commande, elle incarnait la diversité. Et c’était la raison de cette adversité. Son apparence, considérée comme une curiosité voire même un prétexte au harcèlement, n’était pas commune au reste des élèves. Née albinos avec une peau diaphane sur des traits métissés, elle ne pouvait pas mentir sur son identité.
Celle que les ancêtres des haters traitaient en être inférieur voire en souffre-douleur a pourtant évolué en muse. Ce visage, qui a été le théâtre de l’animosité prépubère, culmine aujourd’hui en dimension XXL sur les façades des grandes villes. Ses lèvres, jugées trop volumineuses, se retrouvent désormais placardées à l’affiche des publicités de makeup et embrassent la popularité. Si autrefois, elles ont attiré les pires grossièretés, aujourd’hui elles accrochent les compliments et s’érigent presque en idéal de beauté.
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Un physique singulier qui trouve sa place dans la mode
Alexis Carey prouve presque à elle seule l’existence du Karma, ce fameux coup du destin. Il y a quelques années en arrière, elle passait la porte du collège en baissant la tête et maintenant, elle la lève fièrement devant les projecteurs. Ce visage, épinglé sur le tableau de chasse des élèves les plus impitoyables, est devenu le poster d’une beauté unique, le premier choix des griffes les plus prestigieuses.
La jeune femme de 26 ans a d’ailleurs prêté son minois aux tons angéliques à plusieurs marques réputées dont NYX, Clinique, MAC, Savage x Fenty ou encore Balmain. Notamment à travers des campagnes zoomées qui s’attardent volontiers sur des détails de son visage qui n’ont pas toujours fait l’unanimité.
Avec sa chevelure blonde aux allures de nuage, son teint diaphane et ses lèvres généreusement dessinées, Alexis semble tout droit sortie d’un tableau de maître. Là où ses camarades voyaient des défauts à corriger, les photographes trouvent aujourd’hui une esthétique qui échappe aux standards préfabriqués, un visage qui contraste avec cette beauté « très uniformisée ».
Prendre sa revanche sans changer de visage
Dans une vidéo qui a fait plus de 25 millions de vues, Alexis s’adonne à une inspirante introspection. Elle fait défiler des portraits rescapés des albums souvenirs et braque ensuite la caméra sur son visage, plus mûr, en backstage d’un shooting photo.
Une réponse pacifiste et puissante aux harceleurs qui lui ont mené la vie dure. Ici, elle ne se contente pas de retracer son parcours et de donner une leçon de tolérance à ceux qui douteraient encore de la pluralité du mot « beauté ». Elle rend justice à la petite fille persécutée qu’elle était. C’était une vengeance personnelle qui n’a pas besoin de mots pour s’illustrer.
Elle n’a pourtant pas eu besoin de modifier les contours de sa bouche ou de gommer ses particularités pour trouver sa place. Ses lèvres n’ont pas rétréci, sa peau n’a pas changé de couleur et sa chevelure n’a pas perdu son volume. Ce qui a évolué, c’est surtout le regard posé sur elle. Ce qui faisait autrefois d’elle une cible facile dans les couloirs de l’école constitue désormais sa signature dans un univers où chaque détail du visage peut devenir un argument artistique.
Une beauté qui invite à revoir les standards
À travers ses campagnes et ses apparitions devant l’objectif, Alexis participe à élargir le champ de la représentation. Car dans un monde où les visages sont souvent retouchés, les nez affinés, les bouches redessinées et les teints uniformisés, sa beauté détonne. Elle ne répond pas à un cahier des charges traditionnel et c’est précisément ce qui fait sa singularité.
Sa présence dans les campagnes de grandes marques offre aussi une visibilité précieuse à l’albinisme. Une particularité génétique encore entourée de méconnaissance et de préjugés. Elle permet à d’autres jeunes filles, qui peinent à retrouver leurs traits dans les publicités et les magazines, de voir une beauté qui leur ressemble davantage.
Pour autant, Alexis n’avait pas besoin de devenir mannequin pour mériter le respect que ses camarades lui refusaient. Sa réussite ne rend pas ses lèvres plus belles qu’elles ne l’étaient sur les bancs de l’école. Elle montre simplement combien les normes sont subjectives et parfois cruellement réductrices.
