Offrir des fleurs à un homme : pourquoi ce geste devrait être plus courant

Le seul jour où les hommes reçoivent des fleurs, c’est à leurs obsèques. Un triste constat rappelé dans une récente étude. Cadeau souvent présenté au féminin, les fleurs ne semblent pas compatibles avec les codes de virilité imposés.  À l’occasion de la fête des Pères, il est temps de troquer la caisse à outils très stéréotypée contre un joli bouquet. De quoi faire éclore une nouvelle habitude pleine de tendresse et enterrer l’ère de la masculinité toxique.

Quand les hommes n’ont de fleurs qu’à leur enterrement

Si les femmes n’ont pas besoin d’occasion spéciale pour récolter des bouquets dotés de mots doux sur leur pallier, les hommes, eux, reçoivent des fleurs avec la mention “repose en paix” ou “tendres pensées”. Ils ne sont plus de ce monde pour les réceptionner et s’émerveiller de leur beauté. Les seules compositions florales qui leur sont dédiées se résument à des chrysanthèmes et des coupes mortuaires avec des banderoles qui signalent une envolée au paradis.

Selon une enquête réalisée par un service de livraison de fleurs, 88% des hommes reçoivent leur premier bouquet à leur enterrement. Les autres n’en voient la couleur qu’au moment de leur départ à la retraite ou lors d’une convalescence à l’hôpital. On dépose des bouquets soignés sur des tombes en granit mais on les laisse rarement sur la table de la cuisine, comme des preuves fugaces de notre amour.

Pourquoi attendre le décès d’un homme pour lui faire cette déclaration bucolique ? Certainement parce que dans l’imaginaire collectif, les fleurs incarnent fragilité, douceur et sensibilité, soit les antonymes de la virilité. Les fleurs sont l’illustration matérielle du romantisme, serrées dans la paume des gentlemen en herbes et tendues en guise de “je t’aime” silencieux aux femmes de leur vie.

Si les hommes vont régulièrement chez le fleuriste pour gâter leur dulcinée ou leur maman, ils n’en reçoivent quasiment jamais en retour. On préfère leur adresser des flasques estampillées de leur prénom, des kits de bières artisanales ou des ustensiles pour bricoler. Des cadeaux aux airs de déjà vu qui correspondent plus aux attentes de la société qu’une kyrielle de roses ou un pêle-mêle de fleurs des champs.

 

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Il est temps d’en finir avec les normes de genre fanées

À la Saint Valentin ou pour d’autres dates marquantes, les hommes jouent des coudes chez le fleuriste et à la vue de ces images, les regards s’attendrissent. Voir un homme se balader avec un bouquet en bandoulière, le champ de vision réduit par des feuilles à foison, relève presque du scénario chevaleresque. Dans les films fleur bleue ou les publicités, les fleurs viennent toujours des hommes, comme si eux, ne pouvaient pas en être les destinataires. Les hommes ont en seul lot de consolation quelques boutures à repiquer dans leur jardin ou des herbes aromatiques pour leur bord de fenêtre. En revanche, les bouquets n’atteignent leurs mains que pour finir dans celles d’une autre.

À l’heure où les femmes posent le genou à terre pour demander leur partenaire en mariage et où les filles offrent à leur père des rendez-vous au spa ou des soins du visage, les rôles s’inversent doucement mais sûrement. Offrir des fleurs à un homme à la place de la trousse de rasage ou de la sempiternelle tronçonneuse, ce n’est pas seulement témoigner son affection en langage végétal. C’est aussi cultiver une masculinité plus pacifiste et moins brutale. C’est également creuser des émotions jusqu’alors enfouies sous une motte de “sois fort” et “ne pleure pas”.

Et contrairement à ce que les forums obscurs de la manosphère clament, les fleurs ne sont pas “que pour les faibles”. Selon une étude de l’Université Rutgers, les hommes qui reçoivent des fleurs “manifestent une sociabilité accrue et un bonheur plus prononcé”. Loin d’être un poison anesthésiant le pouvoir conféré aux hommes, les fleurs sont au contraire une source inépuisable de bien-être. Elles sèment la joie sur leur passage.

Un cadeau qui s’enracine entre les mains des stars masculines

Si les femmes ne passent pas par quatre chemins pour exprimer leur envie de pétales et n’hésitent pas à rappeler quand leur vase est vide, les hommes, eux, sont encore pudiques. Pour eux, ça reste un sujet épineux. Heureusement, des personnalités publiques montrent l’exemple, les bras chargés de tiges et le visage caché derrière des touffes de feuilles aux allures de forêt vierge. Jeremy Allen White, acteur emblématique de la série “The Bear”, était le principal instigateur de ce mouvement progressiste, l’emblème de cette réappropriation florale.

Capturé en mars 2024 avec un bouquet champêtre XXL sur l’épaule et un autre dans un panier écossais, il a spontanément attiré la sympathie du public féminin, qui saluait cette image aux antipodes du bad boy aux émotions illisibles. Cette photo prise sur le vif raconte une autre forme de masculinité, moins contrôlée, plus souple. Il est assez facile d’imaginer l’avenir de ces fleurs : arrangées dans un vase, elles trônereront au milieu de plats faits maison. Être un homme et s’afficher avec des fleurs, c’est dire au monde entier “je rejette les vieilles convictions patriarcales” et “je me fais plaisir autrement qu’avec une pinte”.

L’icône du rock Bruce Springsteen, lui, a offert un bouquet de roses blanches à Shane MacGowan, le chef de file des Pogues. Comme quoi, même les métalleux en blouson en cuir dérogent aux traditions et s’échangent des fleurs à la place des bouteilles à 60°.

Offrir des fleurs à un homme n’est pas encore la norme. Or, les principaux concernés prennent les devants et succombent au charme des pivoines, des tournesols et des lys devant les vitrines. Selon un sondage mené en 2021 par la Fondation Hollandaise des Fleurs et des Plantes 22 % des hommes s’achèteraient eux-mêmes des fleurs chaque mois.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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