Meryl Streep ne cesse de faire parler d’elle. L’actrice de 76 ans, qui a de nouveau enfilé le costume de l’impitoyable Miranda Priesly dans « le Diable s’habille en Prada 2 », a tout d’une icône. Or, au lieu de saluer son talent irréfutable, le public préfère deviner son supposé « secret de Jouvence » et trouver des réponses derrière ses « bras musclés ». Si de nombreuses éloges s’accrochent à sa silhouette, ces compliments sur sa carrure « athlétique » sont surtout le reflet de nombreuses injonctions.
Des « bras toniques » qui suscitent l’admiration
« Elle est bien conservée pour son âge », « C’est quoi sa routine sportive ? », « Cette femme est un phoenix », « Elle doit avoir une santé osseuse incroyable ». Depuis plusieurs semaines, le physique de Meryl Streep est devenu un sujet de conversation à part entière sur les réseaux sociaux, ordinairement intransigeants avec les femmes de plus de 50 ans. Les internautes applaudissent ses « biceps saillants » et son « dos charpenté » à travers des compilations de photos rescapés des tapis rouges.
Dans le film « le Diable s’habille en Prada 2 », la musculature de l’actrice se lit à travers sa robe rouge au drapé quasi architectural. Comparée à une « force de la nature » ou même à une « prouesse de la génétique », Meryl Streep incarne visiblement un idéal de vieillesse. D’ailleurs, à un âge où les bras de chauve-souris et le cou froissé sont généralement bien ancrés sur le corps, ses clavicules serties de fibres et de muscles ont spontanément attiré l’attention sous la lumière flatteuse des projecteurs. Les médias ont tout de suite tenté de percer le « mystère d’une telle stature », en titrant sur son amour de la natation ou en listant ces exercices sportifs préférés.
Cette figure du 7ème art, la plus nommée aux Oscars, n’a pourtant pas l’obligation de soulever de la fonte pour prétendre à ses rôles, tantôt dramatiques, tantôt historiques. Cependant, si elle n’est pas familière des films d’action, ni des personnages casse-cou, elle a déjà démontré sa puissance dans « Mamma Mia », comédie musicale où elle effectue des figures techniques et des mouvements qui requièrent une bonne poigne. Celle qui a campé la « Dame de Fer » s’est forgée une apparence d’acier en marge des tournages. Alors que les femmes musclées sont souvent jugées « trop masculines », Meryl Streep semble profiter d’un traitement de faveur.
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Des faux compliments qui raffermissent les diktats
À partir de 50 ans, les femmes sont censées en faire dix ou vingt de moins et retarder les signes de l’âge. Les articles dotés de la mention « sénior » les invitent à tonifier leur corps, à lisser leur peau, à perdre leur ventre post-ménopause et à troquer les mots fléchés contre une paire d’haltères. C’est d’autant plus flagrant pour celles qui sont exposées médiatiquement. Elles doivent donner l’illusion d’être immortelles. Les muscles ne sont plus des amortisseurs en cas de chute, mais des preuves visibles de « bonne conservation ».
Ces flatteries collectives autour des épaules saillantes de l’actrice sont en fait des injonctions déguisées. Si Meryl Streep est peut-être immunisée contre l’ostéoporose et les rhumatismes, elle n’échappe pas à la maladie des normes. Par opposition, l’actrice Brooke Shields, visage mythique des films de la décennie 80, a subi un tout autre sort. Accusée de « mal vieillir », d’avoir « gâché son physique si prometteur », elle a fait face à une vague d’intolérance simplement parce qu’elles ne semblaient pas sortir d’un congélateur, toutes pimpantes.
Pour résumer, les femmes de plus de 60 ans qui affichent un visage lifté, des jambes galbées et des bras sobrement dessinés sont épinglées en « modèle de vieillesse » tandis que toutes les autres sont des « exemples à ne pas suivre », des mauvaises ambassadrices du temps qui passe.
Le physique des femmes, toujours au coeur du débat
Le cas de Meryl Streep n’a rien d’isolé : il s’inscrit dans une longue tradition où le corps des femmes publiques devient un espace de projection collective. Qu’elles soient actrices, chanteuses ou encore journalistes, leur apparence est régulièrement commentée, décortiquée, parfois même hiérarchisée en fonction de critères implicites de « jeunesse » et de « respectabilité ».
Ce qui frappe ici, c’est moins l’admiration elle-même que sa forme. Derrière les compliments sur des « bras toniques » ou une « silhouette athlétique » se glisse souvent une logique de comparaison : « être bien pour son âge », « rester désirable malgré le temps », ou encore « résister » aux transformations naturelles du corps. Autrement dit, le regard porté sur les femmes ne s’arrête pas à ce qu’elles font, mais continue de les évaluer à travers ce qu’elles montrent.
D’un côté, ces commentaires admiratifs accueillent donc les muscles des femmes avec bienveillance, mais de l’autre ils renvoient à un imaginaire qui est loin d’être sain. Celui d’une femme dont la vitalité se lit sur le corps comme une date de péremption sur un yaourt.
