Les enfants occupent eux aussi les chambres aseptisées des hôpitaux et ne connaissent que trop bien les couloirs immaculés, les pas pressés des dames en blouse blanche, le bruit répétitif du rythme cardiaque. Qu’ils soient atteints de cancers pédiatriques ou de maladies graves qui nécessitent une surveillance rapprochée, ils n’ont pas une enfance « normale ». Au lieu d’assister à des goûters d’anniversaire, ils subissent des examens à la chaîne et honorent des rendez-vous qu’ils ne sont même pas en âge de comprendre. Pour rendre leur quotidien un peu plus « joyeux », des étudiants coréens ont imaginé une petite voiture compatible avec les perfusions.
Quand la perfusion cesse d’être un boulet à traîner
Dans les allées froides des hôpitaux, les enfants ne sont pas seulement des visiteurs ponctuels venus saluer un proche ou déposer un baiser sur le front d’un aîné. Parfois, ils séjournent eux-mêmes derrière ses murs froids et impersonnels. Au lieu de dormir dans une chambre candide parsemée de peluches et de mobilier propice à l’imaginaire, ils logent dans une pièce au design monotone et à la décoration rudimentaire.
La sirène des pompiers n’émanent pas d’un camion de la caisse à jouets, mais de l’extérieur. Les sons du cardioscope leur font presque office de berceuse. À un âge où ils devraient arpenter le monde d’un pas incertain, ils sillonnent des salles dotées de grosses machines intimidantes et les bureaux de médecin au visage grave. Leur seule distraction se résume à des activités de coloriage ou au visionnage de dessins animés.
Lorsqu’ils mettent un pied en dehors de ce qui s’apparente plus à une box qu’à une chambre, ils ne tractent pas leur doudou par le bras mais leur perfusion. D’ailleurs, les dispositifs permettant de se déplacer avec cette poche ne sont pas vraiment adaptés à leur corpulence. Pensés pour les adultes, ils sont trop hauts et nécessitent une véritable logistique, voire un itinéraire simplifié. Loin de se faire oublier dans les déplacements des bambins en vêtement hospitalier, ils compliquent leurs gestes, déjà fébriles et pas encore totalement acquis. Pour un enfant, le pied à perfusion ressemble parfois moins à un compagnon de route qu’à un lampadaire métallique qu’il faut traîner derrière soi. Alors pour y remédier, des étudiants coréens ont créé un modèle à leur taille nommé Ringo.
Ringo, une petite voiture pensée pour accompagner la perfusion
D’un point de vue extérieur, Ringo s’apparente presque à un jouet comme les autres. Son apparence se confond avec celle des petites voitures trotteuses qui font le cardio des parents et le bonheur des enfants. Cependant, lorsqu’on regarde d’un peu plus près, chaque détail a été minutieusement pensé selon des exigences médicales et la réalité physique des enfants en unité pédiatrique.
Ce véhicule aux couleurs pastels, qui aurait toute sa place dans le monde des lilliputiens, est plus ludique et moins intimidant que le traditionnel fauteuil roulant. Les enfants peuvent prendre place sur un siège confortable. L’ossature de cette voiture comporte également un repose pieds et un guidon pour donner aux enfants l’impression de piloter l’engin. Ringo se prolonge également par un long bras, qui mime le mât d’un bateau et qui permet d’habiller la perfusion. Ainsi cette poche se fond naturellement dans le design.
Ringo est également doté de capteurs intelligents capables de détecter les obstacles et d’éviter les secousses lors de ces trajets, qui se transforment alors rapidement en trépidantes aventures du haut de cette voiture. Contrairement aux modèles disponibles dans les rayons du bas âge, les pieds de l’enfant ne font pas office de moteur. Ringo a l’avantage d’être « télécommandé » pour que les soignants puissent piloter l’appareil et garder « la main ». Autre point fort : son support intraveineuse qui empêche les fils de s’emmêler ou de se muer en piège.
Transformer un déplacement médical en moment de jeu
Ringo est plus qu’un appareil de pointe, c’est le point de départ d’incroyables histoires. Au-delà de combler un manque dans les équipements médicaux, cette voiture s’apparente surtout à un échappatoire, à une lueur de joie dans un quotidien assez noir. C’est un rayon de soleil dans la pénombre. La potence médicale disparaît presque derrière un petit engin qui donne davantage envie de partir à l’aventure que de rejoindre une salle de soins.
Les enfants peuvent s’inventer mille scénarios autour de ce véhicule, qui est le fruit d’une profonde empathie : une excursion marine à l’assaut des vagues, un récit de pirates, un remake de la petite sirène. Ils oublient, le temps d’un instant, le décor de fond pour plonger dans leur bulle créative. Là où l’hôpital impose beaucoup de choses – horaires, examens, traitements – Ringo redonne au moins aux enfants le pouvoir de choisir comment traverser le couloir.
Une perfusion qui suit l’enfant au lieu de l’entraver
Avec Ringo, la perfusion ne dicte plus entièrement le rythme du déplacement. Elle accompagne l’enfant sans monopoliser son attention ni transformer chaque trajet en parcours d’obstacles. Le soin reste bien présent, mais il se fond davantage dans le décor et cesse de prendre toute la place.
C’est aussi ce qui rend ce projet particulièrement touchant : il ne cherche pas à faire oublier la maladie à tout prix, ni à repeindre l’hôpital en parc d’attractions. Il s’attarde simplement sur un détail du quotidien que l’on pourrait croire secondaire, alors qu’il pèse lourd dans la vie des jeunes patients.
Pouvoir avancer sans tirer derrière soi une potence métallique, garder les mains plus libres et avoir l’impression de conduire plutôt que de subir son trajet change déjà la façon d’habiter l’hôpital. Ringo ne soigne pas, mais il adoucit. Il ne remplace ni les traitements, ni les soignants, ni la présence rassurante des parents. Il ajoute simplement un peu de jeu là où il y a souvent trop de contraintes. Cette invention, qui émane d’étudiants altruistes, a même été récompensée de plusieurs prix : le Red Dot, iF Design Student Award et Spark Award.
Et parfois, dans un quotidien rythmé par les examens et les perfusions, il suffit peut-être de quelques roues, d’un guidon et d’un esprit un peu plus fertile que la moyenne pour rendre le couloir un peu moins long.









