La sexologie est une discipline scientifique qui étudie la sexualité humaine dans toutes ses dimensions : biologiques, psychologiques, affectives, socioculturelles et morales. Le terme lui-même naît en 1911, forgé du latin sexus et du grec logos.
Loin d’être une spécialité anecdotique, cette science se situe au carrefour de la médecine, de la psychologie, de la sociologie et de bien d’autres champs.
Comprendre ce qu’est la sexologie, c’est aussi mieux saisir le rôle concret d’un sexologue et l’intérêt d’une consultation pour quiconque rencontre des difficultés ou simplement des interrogations liées à sa vie intime.
Définition et origines de la sexologie
La sexologie couvre un champ très large. Elle englobe le développement sexuel, les mécanismes des relations érotiques, le comportement sexuel et les relations affectives. Elle mobilise aussi bien la neurologie et l’endocrinologie que la psychologie ou la criminologie.
Au final, la sexualité y est abordée sous tous ses versants : génital, sensuel, émotionnel et psychosociologique.
Le terme, apparu en 1911, désignait d’abord l’étude de la détermination du sexe avant la naissance. C’est à partir des années 1960 qu’il s’est recentré sur l’étude médicale des pathologies sexuelles.
La discipline moderne, elle, remonte à la fin du XIXe siècle, en Allemagne et en Autriche. Richard von Krafft-Ebing et Albert Moll en sont les principaux fondateurs, aux côtés de pionniers comme Havelock Ellis, Magnus Hirschfeld et Iwan Bloch.
Fait souvent ignoré — Sigmund Freud a emprunté le concept de libido à Albert Moll, qui l’avait théorisé dès 1898 dans ses travaux sur la pulsion sexuelle.
Les premières études statistiques sérieuses n’arrivent qu’après la Seconde Guerre mondiale, portées notamment par Alfred Kinsey puis par Masters & Johnson. En France, il faut attendre le Rapport Simon de 1971 pour voir émerger une telle démarche.
La sexologie n’a véritablement touché le grand public qu’avec la révolution sexuelle des années 1960-1970.
Le rôle du sexologue et les différents profils de praticiens
Médecin sexologue vs sexologue clinicien
Deux grandes catégories de praticiens exercent en sexologie. Le médecin sexologue est un médecin ayant prolongé sa formation initiale par une spécialisation.
Il peut pratiquer un examen clinique, prescrire des analyses médicales, des médicaments ou orienter vers une pharmacologie adaptée. Le sexologue clinicien, aussi appelé sexothérapeute, n’a ni ce droit d’examen physique ni celui de la prescription.
Dans les deux cas, la formation dure au minimum trois ans après le cursus initial. Le sexologue clinicien valide son parcours par un examen et la remise d’un mémoire.
Cette distinction est fondamentale pour le patient qui cherche un professionnel de santé adapté à sa situation.
Une éthique encadrée depuis 1980
Le Syndicat National des Sexologues Cliniciens, créé en 1980, encadre la pratique avec une déontologie stricte.
Ses membres s’engagent au respect du secret professionnel, à la prise en compte des valeurs culturelles et religieuses des patients, et à la préservation de leur dignité physique et psychique.
Chaque praticien membre justifie d’au moins deux ans de formation spécialisée. Cette rigueur éthique est fondamentale pour instaurer un climat de confiance dans la relation thérapeutique.
Les motifs de consultation et le déroulement des séances
Un tiers des hommes est concerné par l’éjaculation précoce. Ce chiffre seul illustre à quel point les troubles sexuels sont répandus et pourtant peu évoqués.
Les dysfonctions sexuelles masculines — problèmes d’érection, éjaculation précoce, anéjaculation — représentent une part significative des consultations.
Du côté féminin, le vaginisme, la dyspareunie ou l’anorgasmie amènent aussi de nombreuses personnes à franchir la porte d’un cabinet de sexologie.
Les motifs vont bien au-delà des seuls problèmes fonctionnels. Les troubles du désir, les traumatismes sexuels, les dysharmonies conjugales, la dépendance à la pornographie ou la recherche d’un épanouissement sexuel plus profond sont autant de raisons légitimes de consulter.
Cette discipline s’adresse à toute personne, quel que soit son profil, son corps ou son parcours de vie, ainsi qu’aux couples souhaitant travailler leur intimité.
Un premier rendez-vous dure généralement entre 45 et 50 minutes. Le sexologue aide son patient à identifier où il en est, quels blocages freinent son bien-être, et quels objectifs il souhaite atteindre.
Des exercices progressifs sont ensuite proposés : programme de psycho-éducation, analyse des fantasmes, hypnothérapie ou encore la façon stop & go pour les éjaculations précoces.
Une prise en charge complète implique en moyenne 10 à 15 séances, même si une seule rencontre suffit parfois à débloquer une situation.
Tarifs et remboursements d’une consultation en sexologie
| Type de consultation | Tarif indicatif | Remboursement Sécurité sociale |
|---|---|---|
| Consultation individuelle (médecin sexologue) | 70 à 80 € | 70 % du tarif de convention (env. 28 €) |
| Consultation de couple (médecin sexologue) | Environ 120 € | Partielle selon conventionnement |
| Consultation (sexologue clinicien non-médecin) | 60 à 80 € | Non remboursée (mutuelle possible) |
Le remboursement par la Sécurité sociale — à hauteur de 70 % du tarif de convention, soit environ 28 euros — ne s’applique que si le praticien est un médecin conventionné. Une mutuelle peut compléter cette prise en charge.
Si le sexologue n’est pas médecin, aucun remboursement public n’est prévu, bien que certaines mutuelles couvrent une partie des frais.
L’Organisation Mondiale de la Santé définit la santé sexuelle comme un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social — et non simplement l’absence de maladie.
Depuis sa première conférence sur ce sujet en 1974, l’OMS reconnaît pleinement la légitimité médicale et humaine de ces consultations.
La formation pour devenir sexologue en France
Il n’existe pas de diplôme d’État en sexologie en France. La discipline n’est pas reconnue comme une spécialité médicale autonome. Pourtant, plusieurs voies sérieuses permettent d’accéder à ce métier.
La formation la plus reconnue reste le Diplôme Inter-Universitaire de Sexologie (DIUS), validé par l’AIUS et le Conseil National de l’Ordre des médecins.
Réservé aux médecins, ce cursus se déroule sur trois ans, avec 120 heures de cours théoriques et 60 heures d’enseignements pratiques. Les frais varient entre 500 € et plus de 1 000 € selon le statut.
Les universités qui le proposent sont nombreuses :
- Bordeaux II, Lyon I, Paris V, Paris VII, Toulouse III
- Montpellier I, Marseille II, Nantes, Rennes, Lille
- Angers, Brest, Caen, Clermont-Ferrand, Amiens
- Nîmes, Poitiers, Tours, Reims, Metz
Pour les professionnels de santé non-médecins, le Diplôme Universitaire de Santé Sexuelle et d’autres formations certifiantes offrent un accès à la pratique clinique.
À l’international, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) fait figure de référence : son département dédié à la sexologie a ouvert un programme de 3e cycle en 2012.
En Europe, l’Université Paul-Sabatier à Toulouse propose une formation créditée de deux ans, construite par un sexologue formé à l’UQAM.
Sexologie et neurosciences : une frontière encore ouverte
La recherche scientifique en sexologie se heurte à des limites méthodologiques significatives. Les données neurobiologiques proviennent majoritairement d’expérimentations animales, difficilement extrapolables à l’humain.
Serge Wunsch, docteur en neuroscience, a publié en 2014 sa thèse intitulée Comprendre les origines de la sexualité humaine, tentant de combler ce manque.
Les biais dans les études déclaratives posent aussi problème : les participants volontaires ont tendance à avoir des attitudes plus libérales que la moyenne, et les réponses sur des sujets sensibles reflètent souvent ce que les gens jugent socialement acceptable plutôt que leur réalité vécue.
Ces limites soulignent combien la sexologie a encore à construire, loin des certitudes figées.
Pour quiconque souhaite approfondir sa compréhension de sa propre sexualité ou travailler sur des problèmes sexuels spécifiques, consulter un sexologue reste une démarche concrète et utile.
Identifier un praticien qualifié — médecin sexologue ou sexothérapeute clinicien — en vérifiant son appartenance au Syndicat National des Sexologues Cliniciens constitue un premier pas simple et décisif.
