Harcèlement, insultes, menaces de mort… : des streameuses dénoncent un enfer au quotidien

Le mouvement #MeToo balaye doucement le visage divertissant de Twitch, service de streaming vidéo en direct qui compte plus de 10 millions de fidèles. Tour à tour, des streameuses renommées ont exposé une réalité acerbe cachée dans les tissus numériques : le cyberharcèlement.

À travers leurs témoignages glaçants, Amouranth, Shironamie, Bagheera ou encore Maghla ont révélé les terribles vices du stream jusqu’alors confinés dans les écrans. Ces révélations inédites d’une amertume inouïe ont provoqué une onde de choc. Éclairage. 

Entre dick pics et menaces de viol, la streameuse Maghla brise la glace

L’image de Twitch, longtemps associée à l’amusement, est en train de s’assombrir. Si en septembre dernier, la plateforme se montrait sous un profil glorieux avec le Z Event, un événement caritatif d’envergure, aujourd’hui, elle affiche ses côtés pervers. Le 24 octobre dernier, la streameuse Maghla, suivie par 700 000 personnes sur Twitch, brisait le silence.

À travers une série de tweets cinglants, elle dévoile à coeur ouvert les comportements sexistes auxquels elle se heurte chaque jour. Si ses fans la voient régulièrement sourire aux lèvres dans un set up envoûtant, les coulisses sont beaucoup moins réjouissantes. Bien plus qu’un simple coup de gueule, la streameuse fissure l’Omerta autour de ce monde fait de pixels.

« Je suis fatiguée et il est temps que je vous explique. Des années que je streame et j’ouvre ma g*eule sur 10 % max du problème, parce qu’apparemment, faut ignorer pour que ça passe », introduit la vidéaste

S’ensuit une avalanche d’exemples concrets, dictés par des « trigger warning » (mise en garde), tant les faits sont scandaleux.

« Je la viole » : des propos choc par centaines

Le cyberharcèlement dont est victime la streameuse dépasse la méchanceté gratuite. C’est un guet-apens 2.0 où sexualisation, menaces, et trafics d’images se mélangent. Ce que vit Maghla est digne des pires scénarios de fiction. Son visage se retrouve collé sur des corps d’actrice porno à travers des deep fake, contre son gré. Son nom se déploie sur des forums qui la réduisent à un simple objet de désir sexuel.

« Il y a des centaines de pages de gens qui se br*nlent sur mes photos et les postent. Littéralement. Également des montages encore et encore et les commentaires peuvent aller du ‘je la viole’ à ‘je vais la pénétrer cette chienne’ etc.. Le forum est alimenté tous les jours », explique-t-elle

Les captures d’écran se suffisent à elles-mêmes pour témoigner de cette souillure indescriptible. Certains parlent de « cumbtrib », pratique qui consiste à éjaculer sur la photo d’une personne. D’autres font référence au « rp », comprenez « role play », jeu de rôle, ici à caractère sexuel. Et le cauchemar se décline aussi dans les messages privés de la streameuse qui reçoit quotidiennement une pléiade de dick pics sans consentement (photos de pénis).

D’autres streameuses libèrent la parole sur ces atrocités 2.0

En inscrivant noir sur blanc cette violence infernale, encouragée par l’anonymat du web, la streameuse Maghlia a donné de la voix à un phénomène endémique. Comme Adèle Haenel dans le 7e art, Maghlia serait-elle en train d’entamer un #MeToo du stream ? Une chose est sûre, depuis sa prise de parole, courageuse et nécessaire, d’autres streameuses se sont insurgés contre leurs détracteurs.

Et le cyberharcèlement quitte parfois la toile pour s’enraciner dans le réel. Une terrible expérience commune à plusieurs streameuses. « ​​On est toutes épuisées de tout ça. (…) Être une femme, c’est devoir se préparer à être sexualisée et menacée, déplore Baguera Jones. Harcelée jusqu’à son domicile, la streameuse aux 280 000 abonné.e.s a été contrainte de déménager.

Même son de cloche pour Shiromanie, qui a, elle, une vidéo affolante à l’appui. Face caméra, on la voit au téléphone avec un homme odieux, informé de son adresse qui lui envoie des propos grossiers à la chaîne. « Ça m’excite quand t’es inquiète. De te voir souffrir, ça me fait bander” ou encore « si t’appelles les flics, je te viole”. Ces mots sont assourdissants.

S’il ne vient pas d’inconnus, le harcèlement se trame parfois dans l’intime, de la plus vicieuse des façons. Le 15 octobre dernier, Amouranth, streameuse américaine suivie par 15 millions de personnes sur Twitch, avouait l’emprise de son mari sur son image publique. Au téléphone avec lui, les révélations tombent au compte goutte. On apprend alors qu’il la force à faire des lives sulfureux et qu’il maîtrise tous ses comptes en banque.

Le harcèlement des streameuses, un fléau qui n’a rien de nouveau

Ces confidences qui portent avec elles une légitimité sans failles, sonnent inédites. Pourtant, elles font écho à un phénomène largement répandu dans la sphère du stream. Semblable à un virus coriace, cette haine envers les streameuses qui suinte de masculinité toxique a déjà fait du bruit auparavant. L’an dernier, la streameuse Ultia se révoltait contre une scène sexiste du Z Event, ce qui lui a valu une salve d’insultes supplémentaires.

En 2020, c’est Manon, aka Manonolita, qui livrait un témoignage vidéo bouleversant sur son harcèlement :

« Ils ont découvert que j’avais été abusée. Et ils en ont joué, en me disant que ça m’était arrivé une première fois, donc ça pouvait m’arriver une deuxième fois, qu’ils allaient me retrouver, me retracer »

Le sexisme subi par les streameuses a même été démontré par une étude américaine de 2016. Le verdict est sans appel : les hommes reçoivent des commentaires sur leur talent tandis que les femmes en reçoivent sur leur physique. Mais aujourd’hui, la révolte retentit plus fort, sous l’égide d’une société en éveil.

Quelles sanctions ?

En janvier 2021, la plateforme Twitch durcissait ses mesures en vue de stopper le harcèlement sexuel, véritable plaie chronique. Le service de streaming punit donc les « infractions graves » commises hors ligne et modère les termes comme « puceau.elle », « simp » (nom donné à un homme supposément désespéré d’attirer l’attention d’une femme sur Twitch) et « incel ».

Des restrictions visiblement insuffisantes quant à l’ampleur du problème. En revanche, côté juridiction, c’est légèrement mieux. L’outrage sexiste est une infraction qui peut aller jusqu’à 750 € d’amende. Le cyberharcèlement, lui, est un délit qui peut aller jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 € d’amende. La streameuse Maghla, déjà harcelée en 2021, a d’ailleurs remporté son combat. En mai 2022, un de ses harceleurs réguliers écopait d’un an de prison ferme. Est-ce suffisant ? La question demeure.

Une véritable guerre des ondes, portée par une génération inspirante de streameuse s’amorce. Cinq ans après le mouvement #MeToo, certains milieux comme le streaming transpirent encore de vérités affreuses. Mais les réseaux ont aussi cette force de mobilisation qui peut changer la donne.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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