Chez Gucci, Demna remet le col relevé au centre du jeu, comme dans les années 2000. Et si cette tendance était surtout un rappel utile : ce qui est jugé désuet tient souvent à une norme de bon goût, pas à votre légitimité à porter ce qui vous plaît.
Vous enfilez une chemise, un polo, un manteau. Devant le miroir, vous essayez un col relevé, puis vous le rabattez aussitôt, par réflexe. Trop voyant ? Pas assez chic ? On vous a peut-être appris que ce geste faisait « faux pas ». Or, sur le podium Gucci printemps-été 2027, ce détail devient un signe assumé. Et si le malaise venait moins de vous que des codes ?
Un détail qui déplace les lignes
Au défilé Gucci printemps-été 2027 présenté à la Fashion Week de Milan, son tout premier pour la maison italienne, Demna installe ce qu’il décrit comme « la tension entre la bienséance et la sensualité ». Les silhouettes masculines ouvrent le bal en costumes monochromes, puis glissent vers une allure plus preppy. Le message est clair : un code peut être déplacé, sans demander votre permission.
Le point qui accroche le regard : le col relevé. Sur chemises et polos masculins, il est systématique, comme dans les années 2000. Côté femmes, les cols de manteaux et de chemises façon school girl remontent aussi, frôlant les cheveux. Un détail minuscule, mais une grande prise de position sur ce qu’on juge acceptable.
Pourquoi cela a été étiqueté comme faux pas
Si le col relevé a été classé comme « désuet », c’est au terme d’un verdict de bon goût qui sert à trier, à hiérarchiser, à dire qui sait et qui ne sait pas. Le vêtement devient alors un examen social, pas une expérience personnelle.
Dans ce type de jugement, la personne disparaît derrière la norme. Vous ne portez plus une chemise : vous portez une étiquette. Le col relevé serait trop, pas assez, vulgaire ou ringard selon les milieux. Ce sont les codes vestimentaires qui se referment, et ils visent rarement le vêtement seul.

Le y2k, ou quand la nostalgie devient un tribunal
Le défilé, intitulé The Store Show, assume une esthétique très y2k, ce début des années 2000 qui revient par vagues, jusqu’aux polos frappés de l’emblème vert et rouge de la maison. Mais le y2k ne se limite pas à un souvenir : il sert aussi de grille de lecture. Il peut donner l’impression qu’il faut rejouer une époque pour être dans le coup, comme si le style devait prouver quelque chose.
Or, une tendance n’est pas une obligation. Le col de polo relevé peut évoquer l’insolence, la nonchalance, ou juste l’envie de changer d’allure. Rien n’impose que vous deviez suivre. Ce qui compte, c’est votre marge de manœuvre face à la pression de tendance.
Quand la coupe et les matières font (vraiment) la différence
Si un col relevé vous gêne, cela peut venir de la conception du col : trop raide, trop court, trop serré, ou au contraire trop mou pour tenir. Beaucoup de pièces sont pensées pour une posture, un cou, une carrure standard. Quand cela ne tombe pas bien, la coupe est souvent en cause.
Même chose côté confort : une chemise qui tire au cou, un manteau dont le col frotte, un polo dont la maille gratte. Le problème est souvent matériel : un détail séduisant sur un podium peut devenir irritant au quotidien. Votre priorité peut rester la sensation sur la peau.
Ce que Demna remet en jeu chez Gucci
Demna aime raviver les modes qui divisent, et cela se voit. Il a déjà remis sous les projecteurs le skinny taille basse ou le sac banane porté plaqué sur le torse. L’idée n’est pas d’exiger que tout le monde suive, mais de montrer que l’interdit change de camp selon les saisons.
Chez Gucci, résume encore le créateur, « c’est un luxe qui se veut visible », et la collection joue entre raffinement bourgeois et excentricité. Le col relevé devient un geste de subversion : prendre un signe jugé de mauvais goût et le rendre désirable. Vous n’êtes pas en retard si vous ne l’adoptez pas : vous choisissez votre rapport aux codes.
| Ce que le col relevé peut signifier | Ce que cela ne dit pas de vous |
|---|---|
| Un clin d’œil années 2000 | Votre valeur ou votre légitimité |
| Une allure preppy qui dérape grunge | Votre bon goût supposé |
| Un détail visible, assumé | Une obligation de suivre la tendance |
Dans la vraie vie, le regard des autres pèse plus que le col
La question finale reste ouverte : le col relevé aura-t-il le même engouement hors podium ? Dans la vie quotidienne, ce qui freine souvent, c’est le regard social. On anticipe la remarque, la blague, le « tu te crois où ? ». Cette prudence en dit long sur un environnement qui juge vite.
Et ce jugement vise rarement la mode seule. Il vise votre place, votre âge, votre droit à être visible. Un détail comme le col de chemise devient un prétexte pour commenter votre audace. Vous n’avez pas à mériter un style. Vous pouvez choisir la discrétion sans vous excuser, ou l’inverse.
Et si vous préférez laisser votre col tranquille ?
Vous pouvez trouver le col relevé amusant sur un podium et inutile dans votre dressing. Vous pouvez aimer l’idée, mais pas la sensation. Vous pouvez aussi ne pas avoir envie d’être repérée, ce jour-là. Votre style n’a pas à servir de preuve. L’important, c’est votre liberté, pas la validation.
Si vous laissez le col de polo rabattu, vous ne ratez rien. Vous évitez peut-être une gêne, une matière qui frotte, ou une scène de commentaires. Et si vous le relevez, ce peut être juste un jeu. Dans les deux cas, votre corps n’a rien à prouver face à la norme du bon goût.
