Comment les filles entre 16 et 25 ans vivent leur sexualité en 2022 ?

Après plus de 75 ans de révolutions, la libération sexuelle est-elle enfin actée ? Pas vraiment si l’on en croit le sondage réalisé par Le Lab de l’endo et Terpan Prévention. Cette étude a ausculté en détail la sexualité des filles âgées entre 16 et 25 ans. Du consentement, aux règles en passant par la masturbation, tous les thèmes de l’intime ont été passés au crible. Et le bilan est plutôt mitigé.

Les jeunes femmes peinent à reprendre les rênes de leur sexualité. Injonctions physiques, tabous, manque d’éducation sexuelle… figurent en trio de tête parmi les coupables. Décryptage. 

Le consentement, trop souvent bafoué

“Mes vêtements ne sont pas une invitation”, « sans oui, c’est non”, « du sexe sans consentement c’est du viol”. Si ces slogans s’étirent des manifestations contre les violences sexuelles aux collages féministes, ils tardent toujours à déteindre sur les mentalités. Après les 5 ans du mouvement #MeToo, le consentement se fait encore désirer dans l’obscurité des chambres. 

C’est l’un des tristes constats de la récente étude sur la sexualité des femmes de 16 à 25 ans menée par Terpan Prévention, unique marque de préservatif féminin avec le Lab de l’Endo, des produits naturels à destination des femmes atteintes d’endométriose. Sur les 1000 femmes âgées entre 16 et 25 ans interrogées, 20 % d’entre elles déclarent avoir eu leur premier rapport sexuel sous la contrainte ou la menace.

L’expérience de la première fois est à des années-lumière de ce que montrent les films à l’eau de rose. Cela se confirme dans les chiffres puisque 93 % des répondantes n’ont ressenti aucun plaisir lors de leur première fois.

Plus terrifiant, pour 52 % d’entre elles, le rapport sexuel était surtout centré sur le plaisir de l’autre ou encore pour 43 % tourné sur du porno. Rappelons que selon les chiffres tout frais du Sénat, 90 % des scènes de porno contiennent de la violence. Et côté éducation sexuelle, l’école manque toujours à son devoir. Ces lacunes participent à la fabrique de mythes sexistes qui mettent en péril la représentation des femmes au lit.

Les jeunes femmes en essuient les sombres conséquences. Leur première fois chaotique passée, elles se heurtent à d’autres ébats de la pire espèce. Plus de 45 % d’entre elles confirment avoir vécu un ou plusieurs rapport(s) sexuel(s) non consenti(s). Cela représente une femme sur deux.

Les ébats sexuels, sources de douleurs pour plus d’1 femme sur 2

Chez les jeunes femmes, les relations sexuelles semblent dictées par un certain égoïsme masculin. Malheureusement, le culte de la pénétration est toujours dans les starting-blocks. Si 47 % des répondantes ont traversé le grand frisson à 18 ans et plus, pour 13 % l’orgasme reste un grand mystère.

Celles qui n’ont jamais chatouillé le 7e ciel reportent la faute sur des douleurs au moment de l’acte. Et sur l’ensemble des femmes questionnées, plus de 40 % d’entre elles déclarent payer les frais de douleurs vulvaires régulièrement. Pour 18 %, cette sensation d’inconfort arrive tout le temps. Ces douleurs stoppent net la course folle à l’extase et sont surtout anormales. Pourtant, comme le rappelle Floriane, fondatrice du Lab de l’Endo, elles semblent prisonnières d’une indifférence générale.

« Ce qui est fou, c’est qu’aujourd’hui on dénombre + de 27 000 études sur les problèmes érectiles contre – de 600 sur les douleurs vulvaires », s’insurge Floriane, à l’origine du Lab de l’Endo

Ces douleurs gênantes peuvent pourtant indiquer des problèmes plus graves tels que la présence de kystes ou de pathologies gynécologiques sérieuses. La santé intime des femmes est régulièrement laissée pour compte. Rien que pour l’endométriose, le diagnostic tombe avec 7 ans de retard en moyenne selon l’INSERM. D’où l’urgence de s’y intéresser.

Quand les complexes gâchent le plaisir

Autre ombre au tableau : les femmes et leur corps, une histoire de désamour. Épilation intégrale, vulve parfaitement lisse, ventre plat, taille de guêpe… les injonctions ont la peau dure. Malgré une petite révolution du poil féminin ainsi qu’une tendance vers le « no makeup », les diktats font de la résistance.

Plus de 57 % des interrogées reconnaissent être complexées par leurs formes, vergetures ou autres caractéristiques physiques lors d’une relation sexuelle. Pire, 20 % déclarent que cela impacte sur leur jouissance. Contrairement à ce que l’on peut croire, la Covid 19 a balayé une partie d’estime de soi avec elle.

Dans le couple, plus d’ouverture d’esprit, mais peu de prévention

Si 40 % des jeunes femmes ne croient plus ou ne savent pas si l’amour éternel existe, tout n’est pas morose côté coeur. Les couples ont enfin intégré la sexualité à leur sujet de conversation. Et c’est une bonne chose. Plus de 90 % des femmes affirment parler de sexe sans porte de derrière à leur partenaire. Mieux, 60 % affirment que leur partenaire connaît l’anatomie féminine et les points d’orgasmes.

C’est rassurant. En revanche ce qui l’est moins, c’est l’absence de moyens contraceptifs au moment des rapports sexuels. Dans 15 % des cas, personne n’avait de préservatif la première fois. Le chiffre grimpe à 42 % pour les rapports qui suivent. Faute de protection, 53 % ont utilisé un jour la contraception d’urgence. Selon le Planning Familial, elle peut être moins efficace en cas de prise répétée au cours d’un cycle.

Règles et rapports sexuels, incompatibles pour 60 % des femmes

Ces derniers temps, les règles font couler beaucoup d’encre. Il y a quelques jours, l’association Règle Élémentaire réclamait un emoji en honneur des menstruations. Mais malgré leur visibilité dans la culotte, les règles font encore rougir l’opinion publique. Et ça se ressent sur les chiffres. Lorsque la redoutée tâche écarlate traverse le pantalon, c’est le drame. Selon l’étude, 51 % d’entre elles ont senti une honte extrême à ce moment précis.

Les menstruations, longtemps considérées comme impures, pèsent aussi sur la sexualité. En plein dans leur cycle, 60 % des femmes se refusent ce plaisir de la chair pour des raisons qui sonnent assez familières. Plus de 31 % d’entre elles estiment que c’est dégoûtant et 14 % déclarent que leur partenaire n’aime pas.

Pourtant, certaines études démontrent qu’avoir un rapport sexuel peut calmer les crampes musculaires. Une aubaine dont il serait dommage de se priver sous couvert de croyances archaïques.

Pour conclure cette étude sur une note positive, les jeunes femmes entre 16 et 25 ans s’en donnent à coeur joie côté plaisir solitaire. Selon les chiffres, 92 % des répondantes ont dit « oui » à la masturbation et 48 % déclarent le faire 1 à 2 fois par semaine. C’est une forme d’indépendance sexuelle prometteuse. Mais avant d’arriver à une sexualité 100 % épanouie, des efforts restent à faire. 

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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