« L’anorexie c’est ce monstre qui occupe notre cerveau » : Capucine raconte sa bataille

À 23 ans, Capucine Néel a mené pendant plusieurs années un « combat contre elle-même ». Aujourd’hui étudiante en communication et passionnée d’athlétisme, ce combat elle ne l’a pas tout à fait terminé. Dans son livre « Le scanner de mon anorexie », elle nous embarque sur le chemin qui l’a amenée à prendre « ce monstre qui occupe le cerveau ». Devant l’incompréhension de ses proches, elle a souhaité poser des mots sur ses maux. Voici son histoire, véritable source de courage et de bodypositivité !

The Body Optimist : Pouvez-vous vous présenter et nous parler un peu de votre parcours de vie ?

« Bonjour The Body Optimist, je m’appelle Capucine et avant d’aller plus loin, je tiens à poser les bons mots sur ce que je vis. Je ne suis pas anorexique, je suis atteinte d’anorexie.

Je suis née en 1998 dans une famille nombreuse. Mes 3 sœurs et moi avons grandi dans une grande maison dans le nord de la France. J’étais une petite fille joyeuse, pleine de vie, studieuse et sportive. Je croquais la vie à pleines dents comme on dit, avant de ne plus rien croquer du tout.

Tout a commencé à basculer lorsque nous avons déménagé. Notre famille est d’origine normande et le retour aux sources avait sonné. J’avais 17 ans lorsque nous sommes arrivés dans la Manche, et à partir de là, tout s’est enclenché sans que personne ne s’en aperçoive. Lentement mais sûrement. Déménagement, échecs, deuil, sport, cœur brisé, problèmes familiaux… Anorexie. »

Dans votre livre intitulé « Le scanner de mon anorexie » (Éditions Maïa), vous expliquez combien il est difficile de mettre un point de départ à votre maladie, car ce n’est pas une maladie qu’on découvre au scanner, justement. Comment s’est-elle exprimée dans votre cas ? Comment le viviez-vous au quotidien ? Et comment avez-vous accepté que vous souffriez d’anorexie ?

« Je pense que si l’anorexie se détectait au scanner, les médecins verraient un espèce de squelette noir, sombre, avec de grands yeux et une immense bouche qui sourit. Ce monstre occupe notre cerveau. C’est un peu comme cela qu’elle s’est manifestée chez moi. Je me suis, doucement, transformée en monstre.

Au début on ne s’en rend pas compte, et on se ment à soi-même en plus de mentir à notre entourage : « non je mange bien là », « je n’ai pas très faim », « je mangerai plus tard », « non je n’ai pas maigri, je gère »… Derrière ces mensonges et agissements se cache, à l’intérieur de nos têtes, une vague sombre, pleine de solitude et de tristesse qui recouvre petit à petit nos cerveaux. Ce raz de marée peut aller jusqu’aux idées noires. Il ne faut pas prendre cela à la légère. C’est une maladie sournoise et très dangereuse.

Personne ne peut se douter de ce qui se déroule sous notre crâne. Mais des signaux extérieurs vont apparaître un par un. J’ai perdu mes ami.e.s de fac, je ne sortais plus avec eux, je ne mangeais plus avec eux, je ne parlais plus, je ne faisais que penser à la nourriture et comment j’arriverai à dépenser les milliers de calories que j’avais en trop et qui pesaient sur ma tête et sur mon corps. J’ai commencé à maigrir, à faire plus de sport, à changer de façon de m’habiller. Je mettais plus de vêtements larges, plus de vêtements chauds. J’en suis arrivée à superposer des pulls. La nuit, je tremblais même sous mes plaids et ma couette.

En parallèle, je suis devenue invivable. J’étais tout le temps triste, je n’avais plus rien du « soleil » que j’étais. Même avec mes parents, les relations se dégradaient, ils ne voulaient plus me voir si c’était pour que je ramène encore la « mauvaise humeur » avec moi. J’étais devenue l’inverse de la petite fille rayonnante que j’étais. J’étais une boule de tristesse et de mal-être.

Mais je m’en fichais. « Ils ne veulent plus me voir ? Parfait, je resterai dans mon petit appartement à Caen ». Alors la solitude s’installe et la seule personne à qui parler devient le monstre qui habite nos cerveaux. Comme si la voix qui nous pousse à maigrir et à nous restreindre devenait une vraie personne. On n’entend plus qu’elle. Alors on commence à se dire qu’elle a raison. « Je suis grosse, c’est vrai. Je suis repoussante. Personne ne peut vouloir de moi tellement je suis immonde ».

Ce mode de vie à deux s’arrête lorsque quelqu’un tire la sonnette d’alarme. « Capucine a un problème, elle n’est pas comme avant ». Alors on va voir le médecin généraliste qui sort le mot « anorexie », qui, comme une bombe, fait exploser la vie entière de la famille.

On trouve rapidement un hypnothérapeute et on commence un suivi. Je rentre vivre chez mes parents, et je pleure à table lorsqu’ils remplissent mon assiette. Une simple cuillère à soupe de semoule m’a fait pleurer, « je suis incapable de manger ça, c’est des glucides, je ne peux pas ». J’ai terminé au pied de mon lit, en larmes, incapable de regarder l’assiette une seconde de plus, incapable de regarder ma famille et de les voir les larmes aux yeux. Mon père est monté me voir et c’est là que j’ai su dire : « papa je n’y arrive pas, je n’arrive plus à manger, j’ai un problème ». Malgré ça, il m’a fallu encore plusieurs mois pour prononcer ce mot qu’est l’anorexie. »

Découvrir le livre

Ce livre représente en quelque sorte une notice de votre vécu, de vos maux liés à l’anorexie. Comment est née l’envie de l’écrire et de le publier ? Et quel sens donnez-vous à cette démarche ?

« C’est exactement comme cela que je présente mon livre, c’est la notice de la maladie qui a pris possession de moi.

Lorsque j’ai commencé à prendre un crayon entre mes mains, je n‘écrivais pas, je dessinais. Il y a d’ailleurs quelques dessins dans le livre. Après plusieurs semaines à noircir des pages avec mon crayon de bois, j’ai commencé à décrire les dessins avec des mots, des phrases puis des paragraphes entiers. J’ai pris un carnet et j’ai rempli les pages de mots. À côté de ça, j’écrivais des lettres à mon anorexie : « chère anorexie… ». Ces carnets sont devenus mes compagnons de vie.

Puis un jour, sans savoir pourquoi, j’ai commencé à écrire sur mon ordinateur. Je voulais comprendre. Pourquoi moi ? Pourquoi ça ? Comment ? Alors j’ai cherché une chronologie ou du moins, un fil rouge à ce qui m’arrivait. Cela s’est fait aussi grâce au travail psychologique réalisé en parallèle avec des médecins. Au fil des jours et des heures passées à taper sur mon clavier, une esquisse s’est dessinée. Je me livrais à cœur ouvert, ou à cerveau ouvert plutôt.

Puis le manuscrit terminé, je l’ai envoyé à mes parents et mes sœurs. Je me suis dit que cela pouvait peut-être les aider à m’aider, à comprendre. Et ils ont compris. À tel point, qu’ils m’ont dit de le publier, de l’envoyer à une maison d’édition : « Tu as la possibilité d’en aider d’autres comme tu l’as fait avec nous, on a compris ».

Pendant plus d’un an, ce manuscrit est resté dans une armoire, sans bouger. Je pense qu’il me fallait du temps. Du temps pour avancer dans ma guérison, pour aller mieux, pour partager mon histoire. Et un beau jour, j’ai relu et corrigé les 160 pages, et je les ai envoyées. En une semaine mon manuscrit s’est retrouvé sur le bureau d’une maison d’édition à Paris. »

Au fil des pages, on découvre une grande sincérité vis-à-vis de votre parcours de vie. « Tout cela ne se fait pas sans jours plus que gris », pour reprendre vos mots… Comment avez-vous réussi à arrêter ce cycle infernal de la maladie qui revient à mentir aux autres et surtout à vous-même ?

« Arrêter de mentir s’est fait tout seul à partir du moment où mon entourage a été au courant. Je n’avais plus d’intérêt à inventer des mensonges donc tout a été révélé au grand jour. La seule chose sur laquelle je n’arrivais pas à être transparente était la course à pied. Je me cachais pour y aller, je courais 14 kilomètres en moins d’une heure, je me sentais forte, rapide. Comment ? Je n’en ai aucune idée. Je ne mentais pas puisque je ne disais rien (est-ce un mensonge ?).

Ce « mensonge par omission » s’est arrêté lorsque j’ai pu participer à une compétition de course à pied. Mes parents n’y voyaient pas l’intérêt, ce qui est normal puisqu’ils ne savaient pas que je courais en cachette, mais moi je voulais faire ce 10 kilomètres, je savais que j’allais survoler cette distance.

Après accord de mes parents et contrat dans lequel je m’engageais à manger des glucides toute la semaine précédant la compétition, j’ai couru ces 10 km et j’ai réussi, j’avais explosé mon record, je les avais courus en 38 minutes. Après ça, nous pensions voir le bout du tunnel alors j’ai eu le droit de retourner courir avec l’accord de mes parents. C’est ici que les mensonges se sont définitivement arrêtés. « Si je veux redevenir heureuse et aller mieux, je dois être honnête ». »

Capucine Néel

Vous expliquez également que demander de l’aide a été une des choses les plus difficiles pour vous. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez réussi à passer cette étape clef liée à l’anorexie ?

« Avant de réussir à parler, je me souviens de plusieurs moments durant lesquels je regardais mes parents et mes sœurs en criant dans ma tête « aidez-moi, j’ai besoin de vous, je ne sais pas ce qu’il se passe, pitié ». Malheureusement, ces appels à l’aide étaient silencieux. Seuls mes yeux parlaient en pleurant. Le monstre à la petite voix en moi me tenait les cordes vocales.

Le jour où ma parole s’est libérée, cela s’est fait progressivement. D’abord avec ma grande sœur, alors enceinte de ma future filleule, et le lendemain avec mes parents. Je ne savais pas quoi leur dire à part « je ne vais pas bien, aidez-moi » puis j’ai pleuré. C’était très dur, une simple phrase, mais certainement la plus compliquée à dire jusqu’ici dans ma vie. Je ne me supportais plus. Je devais agir où je savais que ça finirait mal. Je le sentais. »

À 23 ans aujourd’hui, et après des envies suicidaires qui vous ont conduites en hôpital psychiatrique, vous l’affirmez « je vais beaucoup mieux ». Pour vous, que signifie « combattre l’anorexie » ?

« Lorsque le diagnostic est posé et que le vrai combat commence, c’est là que l’entourage prend toute son importance. On se bat mentalement. La lutte se déroule à l’intérieur de nous. Elle nous épuise, nous fait craquer, nous fait crier, nous fait désespérer. C’est une vraie guerre froide qui prend position sous notre crâne. Nous, malades, sommes les seul.e.s à agir directement contre cet ennemi, mais notre entourage peut nous aider, nous soutenir, nous montrer que nous comptons, que nous sommes capables de le faire, que nous sommes fort.e.s. La lutte est rude, certes, mais elle en vaut la peine. Les larmes seront nombreuses, mais elles en valent la peine.

Après un temps incalculable à se battre sans cesse contre la petite voix, on sent qu’elle recule doucement sur le champ de bataille, mais sa présence ne s’efface pas, elle est là, dans l’ombre, nous apprenons ensuite à vivre avec. Il faut être très fort mentalement pour avancer, mais la force mentale se forge. »

Capucine Néel

Comme vous le dites, l’anorexie est un dur combat à mener. Une vraie bagarre contre soi-même, contre les démons qui nous rongent. Qu’est-ce qui vous donne, aujourd’hui, la force de continuer de vous battre contre ce trouble du comportement alimentaire (TCA) ?

« Aujourd’hui, j’habite avec l’homme que j’aime et j’ai recommencé l’athlétisme. Je pense que ces deux choses sont celles qui m’aident le plus. Je ne veux plus le voir pleurer parce qu’il me voit souffrir ou parce que je lui fais du mal ou, du moins, le monstre en moi. Je veux aussi pouvoir continuer l’athlétisme sans faire marche arrière. Courir. Ne plus m’arrêter de le faire.

Par moment, je me remémore aussi les passages les plus compliqués que j’ai vécu, ce à quoi je ressemblais au plus bas, la tristesse et la noirceur qui m’habitaient. Ces simples souvenirs me donnent envie d’avancer, de m’éloigner loin de tout cela, parce qu’il y a mieux, il y a beaucoup mieux. Croyez-moi. »

L’anorexie et plus globalement les troubles alimentaires souffrent encore à l’heure actuelle de nombreux préjugés. Le plus dur est ainsi parfois de simplement se faire comprendre par notre famille, nos ami·e·s. Selon vous, qu’est-ce qui est le plus difficile à faire entendre aux personnes qui ne connaissent pas ou non pas conscience de l’anorexie ? Quel(s) stéréotype(s) voudriez-vous éliminer de leur tête ?

« « Mais mange bordel, ce n’est pas compliqué ». Cette phrase, combien de fois je l’ai entendue. Sauf que si, c’est compliqué, c’est très dur. Cette phrase ne sert à rien et elle ne servira surtout pas à quelqu’un atteint de troubles du comportement alimentaire. Ces troubles, aussi nombreux soient-ils, sont psychologiques. La nourriture n’en est que la conséquence.

C’est comme si notre cerveau souffrait, et que pour calmer la douleur, nous arrêtions de manger. Nous faisons le lien, donc la nourriture devient notre ennemi, mais au commencement, ce n’est pas la nourriture qui a abîmé notre cerveau, n’est-ce pas ? Ce sont nos sentiments, nos émotions, ce que nous ressentons. Tout cela crée un mal-être que nous essayons ensuite d’effacer en utilisant la seule chose que nous arrivons à contrôler : la nourriture.

C’est pourquoi, une personne atteinte de troubles du comportement alimentaire peut très bien ne pas être en sous ou surpoids. Le poids ne définit pas le niveau de douleur dont nous souffrons intérieurement.

Pour aller mieux, il faut du temps et encore du temps. C’est le meilleur médicament en plus de l’amour de vos proches. Vous pouvez reprendre du poids, mais rester très fragile psychologiquement. Un rien peut vous faire redescendre de la montagne que vous venez de franchir. Un seul faux pas, une simple pierre tombe et l’avalanche se déclenche.

Concernant les causes de cette souffrance intérieure, il y a énormément de préjugés aussi. Alors non, ce n’est pas qu’à cause de nos parents, ni de notre petit ami qui nous a quitté.e.s, ni de toutes les autres choses qui peuvent exister et être dites. Il s’agit de beaucoup de choses. D’une multitude d’évènements qui nous sont arrivés, qui se sont additionnés, et bien que nous ne nous en rendions pas forcément compte, ils comportent tous leur part de responsabilité. »

Capucine Néel

Selon vous, quelles attitudes doit-on adopter face à une personne souffrant d’anorexie ?

« Une personne souffrant d’anorexie ne se sent pas bien dans son corps ni dans sa tête, il faut donc lui apporter du réconfort, de l’amour, de l’espoir.

Il est nécessaire d’être compréhensif.ve, de montrer que vous êtes présent.e pour elle, que vous ne l’abandonnerez pas. Si elle ne se sent pas soutenue ni aidée, la personne atteinte peut devenir très dangereuse pour elle-même, « si je ne compte pas, je peux mourir » est le genre de pensées que j’ai pu avoir. »

Dans ce contexte « d’après 2020 », quelle(s) mesure(s) pensez-vous qu’il faudrait implémenter dans notre société pour mieux lutter contre les troubles du comportement alimentaire (TCA) ?

« Les réseaux sociaux sont très utiles, mais également très destructeurs. Lorsque vous allez mal et que vous allez voir sur Instagram, par exemple, des corps parfaitement minces, vous allez ensuite vous concentrer sur ça. Vous voudrez devenir comme ça. Puis vous tomberez sur des comptes dédiés à la perte de poids, ou carrément en faveur de l’anorexie. Tout cela, tous ces comptes, ces posts, ces photos, tout cela doit disparaître. On a entendu parler de la mention « retouchée » sur les photos de magazine, mais, sur Instagram et internet, où est-elle ? Je ne l’ai jamais vue.

L’anorexie s’installe peut être seule dans nos têtes, mais les stratagèmes pour se restreindre sont présents sur internet. Les idées pour dépenser plus de calories ou se priver sont partout. D’ailleurs, que fait la mention « dépenses caloriques » sur nos téléphones et nos montres connectées ? Pourquoi est-elle présente à part pour faire dérailler les systèmes de notre corps liés à l’alimentation ?

Je pense ne pas mentir en disant que le nombre de personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire est en pleine expansion depuis l’apparition des compteurs de calories ou encore des balances, plus sophistiquées les unes que les autres. Avons-nous réellement besoin de nous peser ? Ne pouvons-nous pas simplement nous dire que nous sommes en bonne santé grâce à notre ressenti ? « Je me sens bien, parfait, je vais bien » ? »

Nous le découvrons dans votre livre, vous avez un grand exutoire à la maladie, à côté de l’écriture et du dessin, le sport. Quelle est votre relation au sport à présent ?

« J’ai arrêté le sport très longtemps. Puis j’ai recommencé tout doucement, avec le vélo d’abord, puis la course à pied. Je voulais retrouver du plaisir à pratiquer et cela a mis plus d’un an.

Aujourd’hui, j’ai repris une licence d’athlétisme, mais j’ai changé de région, de club, d’entraîneur, j’ai attendu d’être réellement prête, de me sentir assez forte pour retourner dans le milieu de la compétition. Et à présent, je peux vous dire que ça m’avait énormément manqué. Je ne m’en étais pas rendu compte, mais la maladie m’a vraiment coupée de tout ce que j’aimais.

Aujourd’hui je mange pour être certaine de pouvoir continuer à courir. Je mange parce que mon corps en a besoin. Je mange parce qu’il le réclame. Je mange parce que sinon, comment ferai-je pour vivre ? »

Retour sur les résultats du week-end pendant lequel deux de nos athlètes foulaient le macadam.Capucine bat son record…

Posted by AMC – Athlétisme des Marais de Carentan on Sunday, April 7, 2019

Qu’est-ce que la parution de votre livre « Le scanner de mon anorexie » à changé dans votre vie ? Quels retours espérez-vous ou avez-vous eu ? Certains vous ont-ils plus touchée que d’autres ?

« Après la lecture de mon livre, les langues se sont déliées. J’ai appris que quelqu’un de ma famille avait également eu des problèmes de troubles du comportement alimentaire dans sa jeunesse. J’ai aussi eu énormément de retours sur des personnes qui se sont beaucoup identifiées à moi. J’ai reçu des messages de mères, de parents, me remerciant de les avoir aidés à mieux comprendre leur enfant ou bien de les avoir un peu éclairés sur ce qu’il(s) traverse(nt). J’ai également rencontré des parents, en pleurs. Les retours et échanges que j’ai eus ont tous été chargés en émotions.

Mais c’est « grâce » à eux que je suis fière d’avoir fait tout ce chemin, d’avoir réussi à me livrer, d’avoir réussi à l’envoyer en maison d’édition. J’ai réussi à avancer et j’espère réussir à en aider d’autres, d’avancer à leur tour. »

Aujourd’hui, après la publication de votre livre et tout ce que vous avez traversé, comment vous sentez-vous ? Quelles sont vos astuces pour vous aimer désormais telle que vous êtes, sans vous comparer, et pour « croquer la vie à pleines dents » ?

« Honnêtement, je n’accepte toujours pas mon corps. Oui, je vais mieux, mais oui, c’est toujours très compliqué. Je pense que le conflit que nous développons avec notre enveloppe corporelle reste présent très longtemps.

Mais il existe des astuces pour avancer sans retomber. Alors oui, on peut trébucher, mais on se relèvera, parce que nous méritons d’aller mieux. Lorsque j’ai emménagé avec mon petit ami, nous avons commencé par cacher les miroirs avec des draps, pour finalement ne plus en avoir du tout, juste un seul, à hauteur de la tête au-dessus du lavabo dans la salle de bain.

Je n’ai plus aucune balance à ma disposition et j’avoue qu’au début, c’est dur, mais ensuite, c’est très libérateur. Je ne connais pas mon poids, même si j’y pense beaucoup et que je continue de toucher mon corps, je sais que me peser ne servira à rien sauf à me faire du mal. Je ne serai jamais satisfaite du nombre que je lirai sur la balance, alors autant éviter de le lire !

Nous avons aussi mis un système en place, avec les calories inscrites sur les aliments, bien que je les connaisse presque toutes, dès que nous le pouvons, nous les cachons. Dans le même registre, je n’écris plus ce que je mange et je ne compte plus mes apports caloriques, même si mon cerveau le fait souvent tout seul. On va essayer de faire disparaître les traces physiques de la maladie, mais les psychologiques vont rester inscrites pendant très longtemps. »

Étapes de l’écriture du livre – Capucine Néel

Quel(s) message(s) souhaitez-vous délivrer aux lecteur.trice.s de The Body Optimist ?

« Vous ne savez pas ce que la vie vous réserve. La seule personne qui vous accompagnera durant toute votre vie sera vous-même, alors soyez-vivant.e.s pour rendre votre vie vivante. Soyez vous-même pour rendre votre vie unique. Soyez heureux.se pour rendre votre vie belle et joyeuse. Soyez fier.ère.s de qui vous êtes, parce que vous en avez le droit, même le devoir.

Vous ne serez jamais assez bien ou parfait.e.s pour la société et le monde qui vous entoure. Mais êtes-vous né.e avec un couteau sous la gorge avec la nécessité de devenir une personne parfaite ?

En grandissant, je me suis aperçue d’une chose. Toutes les femmes qui m’entourent sont magnifiques, de même que les hommes. Chaque être humain est beau, grâce aux différences qui existent. Nous devenons adultes en pensant que nous devons rentrer dans un moule. Un moule conçu pour tout le monde, comme si nous avions la possibilité de nous y conformer.

Vous ne rentrez pas dedans ? Très bien, alors explosez-le. Cassez ce moule et toutes ces exigences dictées autour de vous. Personne n’a le droit de vous dire à quoi vous devez ressembler ni ce que vous devez faire. Faites ce que vous aimez. Vivez en vous sentant vivant.e. Pensez aux personnes parties trop tôt, ont-elles vécu tout ce qu’elles désiraient ? Vivez aussi pour elles, pour eux. Ne voulez-vous pas quitter ce monde en vous sentant totalement épanoui.e ? Bien sûr, vous rencontrerez des épreuves, vous souffrirez, parce que la vie c’est aussi ça. Vivre, c’est ressentir des émotions, pleinement, sans les étouffer, vous devez les laisser se déverser en vous.

Je sais que beaucoup de personnes qui lisent ceci se sentent mal, peut-être même tellement mal qu’elles ne savent plus comment faire pour avancer. N’ayez pas peur de parler, osez le faire, osez exprimer votre douleur autour de vous. Vous verrez, beaucoup de personnes souffrent sans le dire, vous n’êtes pas seul.e et vous ne le serez jamais. Vous êtes humain, vous avez le droit de ne pas vous sentir à votre place, mais vous avez aussi le droit de reprendre les rênes de votre vie.

Relevez la tête, ce qui vous attend est beau et vous méritez de le vivre, même si aujourd’hui, vous avez du mal à l’imaginer. Croyez-moi. J’ai failli mourir parce que je le voulais, je ne pensais qu’à ça, disparaître, mais aujourd’hui je souris de nouveau, j’aime et je suis aimée. J’aimerais réussir à vous faire comprendre que vous comptez. Chacun.e d’entre vous. »

Merci The Body Optimist de me permettre de m’exprimer sur ce sujet, c’est tellement important que je ne saurai jamais assez vous remercier. Merci également de nous aider à voir le monde tel qu’il est réellement via vos publications. Merci ! Capucine Néel.

Cindy Viallon
Cindy Viallon
Journaliste free-lance, mes sujets de prédilection sont les féminismes intersectionnels, la société et la culture. J’aime déconstruire l’actualité et briser les tabous une fois pour tous·tes !
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